Florange: avant tout un problème de politique générale

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Arnaud Montebourg après quelques concessions reprend à nouveau sa politique poutinienne. Quoique les faits soient alors moins présents qu’avec ce dernier, le ministre du redressement productif fait feu de tout bois pour sauver l’industrie française, mais visiblement en vain. La nationalisation avait déjà été évoquée tacitement sous la présidence de Nicolas Sarkozy, mais les méthodes d’hier sont désormais hors-jeu.

Florange : quel problème ?

Les hauts fourneaux de Florange ne contentent plus Lakshmi Mittal, et donc ce dernier a annoncé qu’en l’absence d’un repreneur, ils fermeraient. Le cas échéant, 650 employés seraient alors menacés par le chômage. Un russe, Severstal s’est proposé pour le rachat, mais du site entier, et non pas des hauts fourneaux, ce qui ne contente pas la direction actuelle. La raison de souhait de désistement est la vétusté des hauts fourneaux, qui requièrent d’importants investissements que le groupe rechigne à réaliser. 

Quelle solution ?

La première solution qui vient à l’esprit, c’est de tout simplement nationaliser le site, puisque personne n’en veut. Les gouvernements promettent tour à tour de sauver la sidérurgie française, il serait alors temps de mettre en œuvre le seul moyen de l’Etat. Montebourg, à son ministère en brule d’envie, et quoiqu’on en dise, c’est la seule façon se sauver Florange. Le site pourrait être acheté temporairement, afin de maintenir l’emploi, d’investir dans sa modernisation, et de plus, cela offrirait une marge de temps pour attirer des entreprises plus dignes de confiance. En ces temps de pâle croissance, un soutien interventionniste, bien que minime face à l’échelle globale, ne serait pas de refus.

Mais ce n’est pas au gout de tous

Sauver des emplois industriels en France, cela parait une bonne cause, enfin au moins autant que d’autres causes bien plus médiatiques et moins nécessaires. Et pourtant, l’opposition à une reprise nationale temporaire du site est grande. Dans un premier temps, c’est le patron lui-même qui s’y oppose. ArcelorMittal emploie environ 20 000 salariés en France, soit bien moins qu’à l’époque d’Arcelor, où environ 30 000 emplois existaient. Cependant, cela reste encore une importante masse salariale qui se trouve bien souvent concentrée sur de secteurs restreints. Et Mittal menace, une nationalisation selon lui mettrait probablement en péril la pérennité de l’activité du géant de l’acier sur l’intégralité du pays. La seconde contestation vient de la sainte patronne, Laurence Parisot qualifie ce projet de nationalisation de « scandaleux ». Sa critique n’est pas très étoffée, mais celle-ci soutient principalement le droit à la propriété privée, et ainsi que l’Etat ne puisse ainsi pas déposséder l’entreprise du site ; soutenant cela comme une forme de chantage.

Retour à la réalité

Finalement, le gouvernement a réussi à négocier avec le directeur du groupe, la nationalisation est évitée, ArcelorMittal a fait la promesse seulement tacite, d’investir à 5 ans, plus de 180 millions d’euros dans la rénovation des hauts fourneaux. Heureux sont les opposants à Montebourg, mais ces promesses ne sont pas irrévocables, et on sait la méfiance  dont est digne de PDG d’ArcelorMittal à travers nombres d’affaires en Europe. Jean-Marc Ayrault a assuré qu’il avait des moyens de pressions pour le forcer à exécuter ces rénovations. On  peut alors se demander, pourquoi ne pas mettre ces moyens de pression en œuvre pour démarrer les rénovations dès à présent. Le président du groupe est resté inflexible sur la fermeture des hauts fourneaux depuis le début de l’affaire, ce retournement de situation in extremis semble cacher quelque chose. Les négociations de Gandrange avait échoué, difficile de croire dans un durcissement de la crise que l’histoire ne se répètera pas.

Une raison plus générale

Une nationalisation, les deux parties n’en voulaient pas, ni le gouvernement, ni Mittal. Nationaliser une entreprise, c’est plus compliqué que cela n’y parait. Premièrement, l’Etat ne fait pas cela comme s’il achetait des fournitures scolaires, il faut une loi spécifique votée aux assemblées pour la réalise. Ceci pose alors la question de trouver un consensus, et la droite libérale soutenue par la présidence du Medef s’y serait possiblement opposée. De surcroit, cela soulève une ambiguïté face au droit européen, théoriquement à cette fin, la nationalisation ne serait pas légale, tout simplement car elle nuirait à l’établissement d’une concurrence  complète en Europe. Le plus gros échec qu’aurait pu connaitre le gouvernement, c’est une désapprobation des assemblées, ou un refus européens ; cela aurait marqué une volonté hostile à l’égard de Mittal, qui certainement aurait réagi, et de plus une incapacité des hautes autorités dirigeantes à soutenir le peuple. Dans ce débat, c’est clairement le PDG qui était en position de force, et il a cédé, cela cache nécessairement quelque chose.

La puissance des multinationales

On parle souvent du pouvoir hégémonique des grandes entreprises industrielles en France, et notamment les entreprises étrangères. Le problème de fond, c’est que ces entreprises génèrent un emploi relativement important, mais surtout que cet emploi est souvent très concentré dans de petites zones, et si celles-ci étaient amenées à se retirer, l’effet local serait désastreux ; le chômage induit ne serait alors pas dilué sur l’ensemble du territoire français. L’impôt sur les sociétés en France est très faible comparativement à nombres de grands pays de la zone euro, mais la France a les charges sociales les plus élevées. Cela se représente par la volonté de disposer de sièges sociaux à la Défense, mais pas d’activité de production en outre. Le gouvernement sait très bien que l’emploi ne reviendra pas de lui-même, simplement par effet de compétitivité. Ainsi, il fait feu de tout bois dans un étau juridique européen extrêmement serré, il peut se vanter de disposer de moyens de pressions, mais il n’en a pas.

En conclusion, il faut équilibrer la répartition des impôts sur les entreprises et le travail, sans quoi nous conserverons de grands groupes totalement improductifs. L’Etat doit être fort, il l’est face aux citoyens mais pas face aux entreprises, et surtout étrangères. Nécessairement, cette disproportion sur l’exercice ne peut que nuire aux français, l’industrie est en crise et ce problème ne sera pas le dernier, il faut montrer une véritable présence de l’Etat.

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