Le retour des tensions sur les marchés de la dette

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Angela Merkel et Nicolas Sarkozy nous assuraient l’an passé que nous étions sortis de la crise. Mais aujourd’hui les taux obligataires espagnols  à 10 ans flambent et passent aujourd’hui au dessus des 7%  tirant dans leur sillage les taux italiens vers les 6%. D’autre part, après son défaut partiel, la Grèce se retrouve contrainte une nouvelle fois à s’endetter à des taux prohibitifs.

Le monde a trop fait confiance à l’Europe

On peut facilement résumer une crise en disant que c’est simplement un excès de confiance. En effet, tout comme pour la crise de subprimes (notés au niveau maximal par les grandes agences de notation), on peut remarquer que ce type de crise se déclenche lorsqu’un trop grand nombre d’acteurs choisissent d’accorder trop de crédit à une valeur ou un ensemble de produits similaires. Pour la zone euro c’est la même chose, les investisseurs mondiaux ont trop misé sur la cohésion européenne, l’idée demeurait longtemps de penser que de par la monnaie unique, les crédits des pays plus faibles (Irlande, Portugal, Grèce et maintenant Espagne) seraient garantis par l’Allemagne. En conséquence, et jouissant d’une très bonne garantie, ces petits pays ont pu bénéficier de taux très bas (puisque la prime de risque était très faible puisque l’euro garantissait la cohésion). Ces pays en ont donc profité pour investir conséquemment et s’endetter à des taux totalement en décalage avec la situation économique réelle de chacun. Il faut savoir qu’un pays comme l’Irlande empruntait à une époque (aux alentours de 2005) à un taux proche du taux français alors que ses fondamentaux étaient bien moins robustes.

Puis la crise financière de 2008 déclenchée aux USA s’est rependue en Europe mettant en péril les banques ainsi que le crédit. Les Etats ont alors du avoir recours à des politiques de soutien et de relance qui ont fait croitre fortement les dettes publiques et créant ainsi la goutte d’eau qui fit déborder le vase de certains pays. A partir de ce moment là, les pays ayant profité de taux très bas, furent trop endettés par rapport à leur capacité réelle. Les investisseurs, qui avaient parié sur la stabilité de la zone euro assurée par l’Allemagne et la France se sont rendus compte qu’il y avait énormément de différents et de difficultés pour réaliser des plans d’aide efficaces. Les taux ont donc grimpé durant toute la période 2010, alors que pour l’Allemagne par exemple la croissance était revenue. C’est donc bien l’incapacité politique européenne qui force la hausse des taux et non pas nécessairement le surcroît de difficultés économiques de certains petits pays. Aujourd’hui, l’opposition franco-Allemande montant Hollande face à Merkel, se traduisant à travers des politiques économiques intérieures totalement divergentes ainsi que des ambitions de projets communs en opposition complète, forcent une nouvelle fois la défiance de la part des créanciers.

La fin de l’euro : pour bientôt ?

La hausse traduit la défiance des investisseurs à l’égard de la cohésion de la zone euro. Par ailleurs, il est très probable que l’Allemagne ne progresse pas sur la création d’obligations européennes. La France quant à elle fait machine arrière par rapport à la convergence affichée par Nicolas Sarkozy vers un modèle Allemand. La mesure qui affecte le plus le consensus allemand demeure symboliquement le retour de la retraite à 60 ans alors que la retraite allemande est à 67 ans. La population allemande a alors le sentiment légitime de travailler plus longtemps pour payer la dette des autres, et il faut le dire, le modèle de compétitivité allemand est beaucoup plus dur à l’égard des travailleurs que le modèle français. Jusqu’à présent, les allemands ne montraient leur agacement uniquement à travers les soupirs de la chancelière, mais désormais on remarque des manifestations assez appuyées en la défaveur de l’Euro.

En conclusion, il semble que les choix individuels aient repris le dessus sur les ambitions de fédéralisme européen qui se traduit d’une part, par la hausse des taux obligataires montrant les perspectives négatives des créanciers et d’autre part, par un rejet de l’Euro au sein même des populations européennes.

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  1. Et l'Allemagne a probablement pas fini de l'avoir mauvaise avec ce que notre nouveau président s'apprête à réformer.

  2. On se rend compte aujourd'hui que l'on a créé l'Europe des frontières, l'Europe des finances, mais que l'on a oublié de créé un esprit européen pour les différents partenaires. Aujourd'hui, on ne pense pas en tant qu'européen...
    Merci Roland, pour ce très bon article...
    @+

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