Accepter un défaut grec n'est pas tolérable

trichet

Il y a plusieurs mois, tolérer un défaut important de l'État grec n'était tout bonnement pas envisageable. Aujourd'hui, de plus en plus, les âmes peu courageuses s'accordent à vouloir assumer les pertes et enfin en finir avec cette mésaventure. Mettre le pied dans ce piège c'est ne plus pouvoir en sortir, nous allons voir pourquoi.

La Grèce, un cas non isolé

Ce n'est pas d'une faillite totale de l'Etat grec dont on parle, mais l'éventualité la plus évoquée est un défaut à hauteur de 50% des encours de la Grèce. La charge de ces pertes sera portée sur l'ensemble des créanciers, on pense aux banques européennes fortement engagées, aux États européens eux aussi fortement engagés par rapport aux plans d'aide et aux divers investisseurs institutionnels qui composent le tissu financier mondial. 

Soyons raisonnables, la conséquence directe d'un défaut partiel ne sera pas apocalyptique. Les créances grecques s'élèvent au total à 450 Milliards d'euros. Cela serait donc une perte sèche d'environ 225 Milliards d'euros. Quoique la facture soit salée, la somme pourrait être largement ingurgitée par les autres États européens ( il faudrait sérieusement aider les banques le cas échéant, et cette compensation se ferait par les États).

Le problème qui demeure, c'est l'image renvoyée par un évènement de crédit accepté par l'euro-zone. Cette éventualité ouvre la voie de la crédibilité pour un potentiel défaut Portugais, Espagnol ou même Italien. Le risque c'est de rentrer dans une spirale infernale. Cette hypothèse pourrait paraître peu valable, mais n'oublions pas que lors du précédent évènement de crédit organisé il y a quelque mois, les taux longs espagnols et italiens avaient fortement crû. Accepter de prendre ses pertes sur le cas grec est un risque qu'il ne faut pas prendre. 

Tout repose sur l'isolation du problème, dans le cas où la Grèce aurait été un cas purement isolé, alors oui, nous pourrions rapidement la faire sortir de la zone euro, dévaluer sa monnaie de 30 à 40%. L'expérience montre qu'à court terme, la situation est difficile (importations beaucoup plus chères) mais qu'à moyen terme elle s'avoue payante et permet de sérieusement réduire le déficit. Mais cette expérience ne serait pas aisément applicable au cas grec. Le souci en Grèce, c'est l'évolution de l'économie au fil des âges. En temps normal, les économies sont en premier lieu basées sur le secteur primaire (agriculture et ventes des produits bruts). En deuxième, elles passent au secteur secondaire (industrie et ventes de produits manufacturés) qui caractérises les économies émergentes. Et la dernière étape est la tertiarisation ( produit immatériel et ventes de services) qui caractérise les économies des pays développés. En Grèce c'est différent, il n'y a pas eu réellement d'industrialisation, l'économie est passée du secteur primaire vers le secteur tertiaire. Le problème que ça pose, c'est que sans industrie lourde, on n'a rien à exporter. Donc une dévaluation ne ferait qu'empirer la chose dans la mesure où le pays verrait son inflation augmenter par la hausse du coût de l'importation et il n'y aurait presque rien à gagner sur les exportations. Certes pour ce qui est de l'industrie, on est d'accord pour dire que la dévaluation n'arrangerait aucunement les choses, mais n'oublions pas que la Grèce vit du tourisme. Pour ce secteur une dévaluation serait intéressante dans la mesure où les étrangers bénéficieraient d'une très forte réduction de prix. Cependant, est-il encore souhaitable de baser son économie sur un secteur aussi volatile et sujet à la conjoncture mondiale ? 

Union ou disparition

L'euro joue sa vie sur cette crise grecque, l'issue est binaire, soit les Etats jouent la solidarité jusqu'au bout et ils acceptent de payer cher le sauvetage, soit les dissensions prennent le dessus, la Grèce fait défaut et la crise s'étend aux autres pays méditerranéens. Pour les investisseurs, ce que l'Europe applique à la Grèce est le premier exemple. Si le sauvetage échoue, alors les prêteurs supposeront que le sauvetage d'un autre pays méditerranéen, donnerait le même résultat. C'est ce qui explique la brutale progression des taux longs sur les dettes Espagnoles et Italiennes lors du mini défaut déjà organisé par la zone euro.

Si la Grèce fait défaut sur la moitié de ses encours, c'est un véritable séisme financier qui se produira. Un retirement massif des investisseurs et une très forte méfiance sera de mise vis à vis de l'Europe. L'euro s'effondrera jusqu'à peut être disparaître, les taux longs monteront sur tout les états méditerranéens, les notes de ces derniers valseront cran par cran au fil du temps, ils subiront le même sort que la Grèce jusqu'à la contagion globale des plus puissants pays européens. 

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  1. Oui on est d'accord, c'est le modèle économique global développé depuis 30 à 40 qui ne fonctionne pas bien. La mondialisation va beaucoup trop vite, même en incitant les pays émergents à développer leurs marchés intérieurs, encore faut-il leur en laisser le temps !
    La libéralisation des échanges à ravagé et ravage encore l'industrie des pays développés par dumping social. Dans rôle de consommateurs riches qui nous est assigné, les concepteurs (de l'OMC au FMI en passant par l’Europe) ont "oubliés" qu'il fallait nous en donner les moyens. Un jour ou l'autre la carte de crédit revolving ne fonctionne plus...
    Si sur le plan économique la mondialisation bat sérieusement de l'aile (en tout cas pour nous) sur le plan monétaire l'organisation issue des accords de Bâle à montré son extrême solidité, à tel point que je tiens pour impossible un effondrement du marché monétaire. Il suffit au banques centrales d'injecter de l'argent gratuit dans le système bancaire pour pallier à tout manque de liquidités. On peu dire que le système monétaire est non pas nationalisé, mais "mondialisé". Le problème c'est bien le manque de gouvernance globale face aux stratégies nationales, on le voit en Europe on le voit aussi au niveau international (sous évaluation du yuan par exemple...). L'Europe est un navire conçu pour naviguer sur une mer calme, par gros temps on constate qu'elle n'a pas les moyens de mener une politique monétaire cohérente. Pour en sortir sans casser la construction Européenne il faudrait que des pays comme l'Allemagne acceptent une augmentation du taux d'inflation de l'euro, ou alors pourquoi pas créer une sorte de "zone tampon" pour y ranger les pays les plus en difficultés, avec le danger que 95% de l'UE s'y retrouve à terme !

  2. Salut,
    Je suis d'accord pour ce qui est de la composition des économies, je ne faisais que constater les faits, mais à mon avis en effet, l'industrie manque cruellement dans les économies développées...
    Le problème de la dévaluation de l'euro, c'est que certes ça en arrangerait certains mais ça en gênerait d'autres, pour dévaluer, je pense qu'il vaut mieux faire ça au niveau national en sortant de l'euro (ou alors y a l'idée développée récemment de créer un "sous-euro" qu'on pourrait sérieusement dévaluer)

  3. Bonjour,
    article intéressant, mais je ne suis pas en accord avec vos conclusions.
    Selon moi c'est plutôt si les pays à taux faible tentent de sauver la Grèce en s’enfonçant un peu plus dans le surendettement massif qu'il y aura contagion et effondrement global. Mais je ne crois pas que cela arrivera, on voit trop bien aujourd'hui les très profonds conflits d’intérêts entre pays européens exacerbé par la crise des dettes souveraines. l' Allemagne aujourd'hui pourrait parfaitement s'en sortir toute seule, elle n'a pas intérêt à "lâcher" les autre pays européens chez qui elle exporte. Mais se montrera de plus en plus réticente à distribuer le fruit de ses efforts depuis la réunification, c'est peut-être l'Allemagne qui sortira de la zone euro en premier. Ma conviction est qu'il faudra dévaluer pour sortir de la spirale du surendettement et de l'élévation des taux, soit dévaluer l'euro globalement, soit dévaluer indépendamment en fonction de l'élévation des taux du marché. Si on traite la dette locale par l'inflation de la dette globale on gagne du temps mais on ne fait que propager l'infection et fragiliser tout l'édifice.

    Quand au modèle primaire=pauvres, secondaire=émergents, tertiaire=riche, force est de constater que la société des services, la division mondiale du travail que l'on nous a tant vanté n'était qu'une illusion. L’Allemagne doit sa prospérité relative et sa croissance à ses exportations c'est à dire à son industrie (et pas son industrie de pointe). Aujourd’hui les émergents surproduisent et ont un excès de liquidité, l’Europe globalement est en déficit de production, importe de quoi satisfaire ses besoins en creusant sa dette...

    Les pays européens (et les USA) doivent revenir à un équilibre entre industrie et services, accompagner le développement des pays émergents par le commerce et l'investissement extérieur de façon régulée et maitrisée, et avec des contre-parties, par exemple avec des exigences de redistributions pour développer les marchés intérieurs. Enfin, cela est peut-être désormais à ranger au chapitre de ce qu'il aurait dû être fait.

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