L'austérité: cause de la prochaine récession

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De l'austérité, encore de l'austérité, toujours de l'austérité. Depuis un an, on ne parle que de ça et on ne fait que ça. Les pays souhaitent réduire leur déficit en serrant la ceinture de l'Etat, en vue de garder de bonnes notes. Aujourd'hui, les agences les pénalisent pour avoir étouffé l'économie européenne.

L'Italie dégradée par S&P pour raison d'austérité

Voilà une chose bien curieuse, le gouvernement de Sylvio Berlusconi vient juste de faire passer son nouveau plan de rigueur que l'agence standard & poor's abaisse la note de l'État souverain d'un cran en maintenant une surveillance négative (c'est à dire qu'elle pourrait encore abaisser la note à l'avenir). Déjà en Juillet, un premier plan avait été adopté, ce dernier n'avait pas encore fait peur aux prêteurs, depuis la situation de la zone s'est aggravée et des doutes sont émis sur la capacité de l'Italie à créer de la croissance.

Le problème qui demeure, c'est que la croissance italienne est vraiment très faible, de 1,3% en 2010 elle est prévue à 1,1% pour 2011 alors que la croissance prévue pour la zone euro par le FMI est de 1,6% (et Bruxelles envisage une croissance italienne de 0,7%...). C'est dire à quel point la situation est vraiment délicate et instable. Face à cela, le gouvernement en place a voulu marquer fort son intention de réduire le déficit. Le problème, c'est qu'il s'y prend au mauvais moment et de la mauvaise manière. 

Ce plan vise à économiser 54 Milliards d'euros, c'est une somme colossale quand on pense aux 10 Milliards de réduction en France. Ce plan est un fardeau trop lourd à supporter pour l'économie de la péninsule, surtout que les mesures touchent directement la consommation. En effet, une hausse nette de l'impôt et notamment de la TVA a été appliquée. En freinant la consommation, le gouvernement pourrait mettre la croissance au point mort et donc ferait grimper le déficit. 

De surcroît, L'Italie est un pays encore assez protégé des marchés internationaux de la dette, on peut donc se demander pourquoi faire de l'austérité alors que la croissance est faible. En effet, la dette Italienne est détenue à près de 60% par les résidents puis deuxièmement par des résidents européens et dernièrement par l'étranger. L'élasticité des taux longs obligataires est donc assez faible, de ce fait, il aurait été peut être plus intéressant de réduire doucement le déficit tout en préservant la consommation intérieure. A vouloir trop en faire, le gouvernement va faire payer à son peuple l'austérité et ses mauvaises conséquences.

Egoïsme et manque de courage des Etats

Bien sûr, raisonner à posteriori est toujours aisé, néanmoins, essayons de voir comment il aurait fallu s'y prendre. La première chose, c'est avoir du bon sens et de la coordination. Comme nous le disions il y a quelques mois, l'austérité ça se cumule, si l'Italie baisse sa consommation alors les exportations françaises vers l'Italie faiblissent par ailleurs. Donc dans un premier temps, il aurait fallu se demander quels pays étaient en risque de faire rapidement défaut, c'est à dire la Grèce, le Portugal et l'Irlande. A partir de cela, il fallait rester discret et aider avant de demander. Nonobstant, l'Europe a tardé et a posé ses contraintes avant d'offrir péniblement son aide. Pour sauver quelqu'un de la noyade, on ne commence pas par l'étouffer...

L'important ne sont pas les faits mais les images, au lieu de s'indigner à tour de rôles, les gouvernants européens auraient du directement faire face au problème en soutenant la Grèce. Cela aurait évité la brutale hausse des taux qui ont finalement contraint l'euro-zone à refaire une nouveau plan. Peut être était ce le moment pour mutualiser les dettes et refondre le système décisionnel européen ?

On remarque trois étages dans les dettes européennes: les pays en risque direct de défaut (Grèce, Portugal, Irlande), les pays sur la mauvaise pente mais disposant d'une marge de manœuvre (Italie, Espagne,...) et les pays qui sont plus ou moins proches de la note maximale (Allemagne, Pays bas, France,...). Le problème c'est que chacun de ces pays traite simultanément et indépendamment les déficits. Il aurait été plus judicieux de ne faire de la rigueur dans un premier temps que dans les pays en réel danger. Puis une fois le problème de ces derniers résolu, passer à l'étage supérieur et ainsi de suite. Et comme d'habitude, la gestion a été très mauvaise, les pays les plus consommateurs (Allemagne, France, Royaume Uni) sont allés directement faire de la rigueur alors qu'ils auraient dû soutenir l'économie quitte à perdre la note maximale de manière à favoriser les exportations des pays en réelle difficulté. Mais comme on le remarque souvent, plus la situation est difficile et plus les Etats sont égoïstes, de ce fait il est normale qu'on parle aujourd'hui encore d'une très forte probabilité d'un défaut grec alors que ce problème aurait dû être résolu il y a déjà un an...

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  1. je suis tout a fait d'accord avec toi Philippe.

  2. Ca, ils s'en fichent. Avec la crise et la pression des agences de notations toutes-puissantes, les états en oublient les fondamentaux de l'économie. A voir tout cela, je suis plus que satisfait que la Belgique (mon pays) ait trouvé un accord sur la loi de financement et qu'il ne sera pas question d'austérité chez nous mais, au contraire, d'investissement pour le redressement économique.

    La preuve, c'est l'absence de gouvernement qui a permis que notre croissance soit la plus forte d'europe cette année.


    Soit dit en passant, on se demande parfois comment réfléchissent les dirigeants politiques quand on voit tant de conneries dans leurs prises de décision. Ils ont mis la Grêce en faillite, on prend les paris sur le prochain ?

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