Les remèdes contre la crise ont-ils été réellement efficaces ?

fillon

Depuis déjà plus de trois ans, l'occident est en crise. Face à cela, les agents politiques, ne s'accordant qu'assez peu sur les moyens, ont mit en place différentes stratégies pour y faire front. Réforme du système financier,  relance économique, et désormais rigueur généralisée. Bien d'éloges et de critiques de la part de chaque partis, néanmoins peu de constats objectifs.

La régulation du système financier.

La finance, toujours placée sur le banc des accusés dès lors que la situation devient instable. Ainsi, la mesure anti-crise financière du vingt et unième siècle fut bien sûr la limitation des bonus pour les opérateurs de marché. Soutenue à l'unissons par les États européens, Bruxelles a voté en 2010 une loi permettant d'encadrer les rémunérations souvent extravagantes des traders. Assez généralement, les primes seront bien moins liquides qu’auparavant, 50% du bonus sera attribué de manière conditionnelle  susceptible d'être rapatrié en cas de difficultés bancaires. L'idée étant, qu'en cas de crise, le trader devra payer avant le client. Encore une fois, une mesure à caractère moral qui ne s'intègre qu'assez mal dans le contexte d'une finance de marché extrêmement mondialisée. La première conséquence négative demeure la perte de compétitivité des établissements financiers face à leurs homologues américains ou asiatiques. La raison n'est autre que la forte élasticité rencontrée par le marché de l'emploi dans le domaine de la haute finance. Une autre réaction, au lieu de réduire seulement les bonus, les banques ont compensé la perte de celui ci, par une hausse du salaire fixe. De ce fait les rémunérations deviennent beaucoup plus rigides et peuvent gêner la forte flexibilité de l'emploi dans le secteur. En bref, une mesure très démagogique surtout... 

Une autre mesure, beaucoup plus ponctuelle, néanmoins pas nécessairement plus efficace pour autant, a été d'empêcher la vente à découvert sur les valeurs bancaires du Cac40. Dans l'absolu, l'idée peut paraître intéressante, cependant dans la pratique elle s'avère totalement inepte. Plusieurs fois, récemment, ou durant la crise de 2008, le secteur bancaire a été clairement bousculé par des mouvements spéculatifs. Face à cela, nombre de pays on choisit d'interdire la vente à découvert (technique permettant de réaliser des plus values sur la perte de valeur d'un titre). Ainsi, personne ne pourrait engager volontairement ou à but spéculatif ces titres dans la tourmente. Le problème réside qu'il existe en finance plus de manières pour parvenir à ses fins que de recettes pour préparer un foie gras. En effet, admettons que malgré l'interdiction, nous voulions shorter l'ensemble des valeurs bancaires, il suffirait de trouver un produit reproduisant l'évolution du Cac40 (CFD par exemple), d'entrer long dessus, et par ailleurs de shorter toutes les valeurs qui le composent hormis les valeurs bancaires. Ainsi nous bénéficierions sur nos positions de la différence correspondant à l'évolution des titres bancaires, bien entendu ceci n'est qu'un exemple et bien d'autres méthodes peuvent être employées.

En ce qui concerne l'éventuelle taxe sur les transactions financières fraîchement proposée conjointement par l'Allemagne et la France. Nous en avons déjà parlé récemment, néanmoins la mesure demeure encore plus absurde que les deux précédentes. Les produits financiers étant des biens parfaitement substituables, les marchés qui les fournissent sont totalement concurrentiels. Dans ce sens, en pénalisant les transactions sur un marché, l'ensemble des acteurs n'auront d'autres envies que de le délaisser afin de chercher ailleurs. Générer une taxe sur l'Euronext et sur le second marché n'aura d'autre conséquence que de réduire fortement les échanges.

La méthode de la planche à billets

Nous parlons bien entendu ici, de la stratégie monétaire qu'a mit en place Ben Bernanke ces dernières années. De manière assez moderne, nous appelons cela « Quantitative easing », traduisez « assouplissement quantitatif ». Il y a quelques temps encore, on aurait plutôt parlé de faire tourner la planche à billets. C'est une arme que nous pourrions qualifier de dernier recours. 

Avant d'appliquer cette technique, la banque centrale commence par faire baisser son taux directeur. Sachant que les taux d'emprunt et d'épargne sont indexés dessus, normalement une baisse de ce taux devrait inciter au crédit, par ailleurs défavoriser l'épargne et en conséquence inciter à la consommation et à l'investissement. La réserve fédérale a bien appliqué cela, actuellement le taux se situe entre 0 et 0,25%. La limite de cette méthode vient tout simplement du fait qu'on ne puisse pas abaisser le taux en deçà de 0. A partir de là, il est possible que le maintient du taux au plus bas ne suffise pas. Malgré cela, la croissance américaine n'arrivait pas à décoller, la Fed a donc décidé en 2008 de lancer QE1, soit un rachat massif d'actifs pourris des banques à hauteur de 1400 Milliards de dollars. De surcroît, la réserve fédérale, ne se satisfaisant pas de ce plan, décida de   relancer une seconde opération similaire (QE2), mais cette fois ci visant les emprunts d'état, la mesure s'est chiffrée à 600 Milliards de dollars.  

Le résultat est jugé mauvais selon de nombreux économistes, cependant nous ne sommes en capacité de connaître la situation hypothétique dans laquelle la Fed n'aurait rien fait (peut être que les USA auraient connus beaucoup plus de peine pour générer de la croissance auquel cas). Il est donc nécessaire de nuancer les avis, étrangement il est coutume de blâmer les directeurs de banques centrales actuelles, pourtant le seul responsable de la crise demeure Alan Greenspan (successeur de Ben Bernanke). Ce qui est sûr, c'est que QE1 et QE2 ont permit de maintenir de fortes liquidités dans l'économie et donc éviter un cycle déflationniste (qu'ils ont connu en 29). Cependant, la lame est à double tranchant, la création monétaire provoque inéluctablement une  hausse de l'inflation qui pourrait se payer dans l'avenir. 

Le grand emprunt

Bonne solution il y a 80 ans, moins bonne pour cette décennie. Un temps seulement, notre président actuel s'est visiblement senti investit par Franklin Delano Roosevelt,  cependant avec peut être la lucidité en moins. Qu'on le sente d'humeur rigoriste ces temps ci, celui ci ne l'a pas toujours été. Un grand emprunt, une sorte de new deal à la française, comme si le poids de la dette n'était pas suffisant, on en rajoute... Les plans Keynésiens, c'est efficace, mais seulement lorsque l'Etat se trouve en capacité de les financer. Cet emprunt aura au total coûté 35 Milliards d'euros, alors qu'aujourd'hui l’État cherche à en grappiller une dizaine pour réduire son déficit. Le gouvernement français navigue dans le brouillard...

Et la rigueur...

C'est un mot que nous n'aurions pas connu si les gouvernements occidentaux avaient sérieusement dirigé leurs pays respectifs ces dernières années. C'est peut être le meilleur indicateur de sérieux chez les politiques.  Nous avons déjà parlé, mais la rigueur, comme nous la connaissons nuit sérieusement à la croissance. D'un coté l’État espère générer 0,3% de croissance annuelle avec son grand emprunt et d'un autre il ne donne pas l'impact sur la croissance de sa phase de rigueur. L'idée morale (peut être même démagogique) de taxer le tabac, l'alcool et les boissons sucrées, c'est très bien mais en terme de consommation (et donc de croissance) c'est très mauvais. 

La rigueur, évidente aujourd'hui, elle aurait du l'être aussi hier, qu'est ce qu'une politique si elle n'est pas rigoureusement menée. C'est une qualité, la politique de la cigale ne paye que lorsque l'hiver n'est pas trop rude. Désormais, les États sont bien entendu dans l'impasse et donc dans l'obligation de sacrifier une part de croissance afin de garantir leur signature.  

En conclusion, comme vous le constatez, il me semble que peu de mesures ont été efficaces durant cette crise. Peut être que le pire est à venir, néanmoins, les gouvernements ont sensiblement déjà du mal à gérer les périodes d'orages, que feront-ils lors de la tempête ?

 

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  1. de rien ;)

  2. merci pour ces infos

  3. merci pour ces informations

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