La dette française devient chère

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L'Europe se trouve de plus en plus acculée par la pression des marchés financiers. Aujourd'hui, la dette est devenue un thème d'actualité commun, alors qu'il y a, à peine trois ans elle ne faisait pas couler tant d’encre à son propos. Les pays « méditerranéens » ont été attaqués tour à tour, et nous connaissons les écueils qui s'en sont suivis. Mais la France est-elle en danger ?

Un écart qui se creuse avec l'Allemagne

Nous avons longtemps eu l'habitude d'observer un taux d'emprunt en France plus ou moins similaire à celui de l'Allemagne, ou au moins suivant aisément la même tendance. Néanmoins, depuis quelques mois, nous pouvons apprécier de sérieuses divergences entre les deux pays. Et de manière plus prononcé encore ces dernières semaines. Jeudi au plus haut, la France empruntait à un taux (10 ans) presque deux fois plus élevé que celui de l'Allemagne, 1,78% contre 3,46%.

Certes, 3.46% en France, cela reste historiquement bas comme le montre le graphique ci-dessous. Le problème que pose cette brutale hausse est surtout qu'elle se place directement en opposition avec la politique de rigueur actuelle. En effet, cette hausse implique une hausse sérieuse pour le budget du service de la dette et donc un accroissement du déficit. En ce sens, dans le but de ramener un budget en équilibre, l'Etat devra imposer une politique de rigueur plus dure encore qu’elle n’est déjà...

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La gaffe de S&P comme un stress test

Une fuite, sortie de chez Standard & Poor's avant hier, est apparue devant les écrans des opérateurs de marché du monde entier, la dégradation de la note de la France. Bien entendu, les taux obligataires ont bien sûr accéléré très fortement à la hausse, surtout sous l'effet de panique est de surprise généré par l'évènement.

Mais, cette annonce s'avère tout à fait fausse, confirmé par S&P lui même et l'AMF. Nous connaissons bien S&P pour ses errances et notamment pour l'erreur de 2000 milliards de dollars dans le calcul de la dette américaine qui l'ont conduit à dégrader sa note. Actuellement, S&P conserve un triple A assorti d'une perspective « stable » pour la France, soit la note maximale. Bien qu'on puisse observer une relation négative entre le taux d'intérêt et la note, cela ne se vérifie pas toujours. En effet, chez S&P la note de la France est meilleure que celle des USA et pourtant les intérêts français sont plus élevés. Il ne faut donc pas chercher un jugement divin dans la note attribuée, de nombreux facteurs sont à prendre en compte en dehors. Vendredi, le spread entre le bond allemand et français s'est resserré, le taux de l'OAT (obligation assimilable du trésor) était de 3,36 soit 10 points de moins que hier. Mais désormais nous sommes prévenus, en cas d'une dégradation unilatérale, la France paye ses prêteurs deux fois plus cher que l'Allemagne. N'imaginons pas ce que donnerait une dégradation conjointe de toutes les agences... Mais ne soyons pas polémiques, même à 3,5%, les taux restent modérés pour la France, surtout quand on pense à ceux de l'Italie (6.9%).

L’effet d’éviction

C’est l'effet qui justifie au mieux la situation dans laquelle se trouve la France (ou plus globalement l’ensemble des pays occidentaux endettés). Bien que ce phénomène ne fasse pas tout à fait consensus chez les économistes, nous allons quelque peu l’expliquer. On l’observe, dès lors qu’un Etat accroit considérablement son déficit budgétaire, dans ce cas, la demande publique va augmenter. Mais le taux d’intérêt aussi, ainsi cela pénalisera l’investissement privé (à cause du taux élevé) et donc la demande privée. D’autre part, sachant que le déficit s’accroit (et donc la dette publique), les ménages vont anticiper la hausse des impôts qui s’en suivra, et par conséquent vont accroitre leur épargne pour y faire face. De ce fait, le déficit budgétaire censé soutenir la consommation finit en épargne. En ce sens, cette situation gêne tout le monde, que ça soit l’Etat qui s’endette, les entreprises qui réalisent moins d’investissements ou encore les ménages qui abaissent leur propension à consommer.

En conclusion, nous dirons, comme le soulignaient certains professionnels outre-manche, que la véritable gaffe de S&P est surtout d’avoir remis le triple A à la France, qui selon eux ne le mérite pas. Il semblerait que cela soit une question de quelques semaines d’après ces derniers, mais tous ces traders en soif de catastrophe disaient déjà la même chose il y a six mois. Il est sûr qu’à force de crier au loup, celui-ci finit par se montrer.

 

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