La mythologie économique française – Troisième partie

Greenspan

Dans ce troisième volet, nous allons évoquer deux thèmes, l'un à consonance purement économique, et l'autre plutôt d'ordre politique. Quoiqu'il n'y ait pas de lien évident, nous verrons en première partie les effets des politiques monétaires sur le long terme et le court terme, puis quelques préjugés sur la mondialisation.

La théorie de la neutralité de la monnaie

Tout est déjà dans le titre, mais nous allons tout de même expliquer cela. Comme vous le savez, ces derniers temps, de nombreux États européens font pression sur la BCE (et notamment la France) pour baisser les taux et commencer des rachats de dettes sur le marché primaire. 

Néanmoins, l'Allemagne continue de lutter contre cette idée. Finalement, soutenir l'économie par la création monétaire ne serait-il pas une bonne solution ? 

Face à cette question, plusieurs écoles s'affrontent. Si on en croit les néo-classiques, la monnaie est neutre, elle ne représente pas plus que le lubrifiant de l'économie. A long terme, elle ne stimule ni l'emploi, ni la croissance. Cependant, elle génère une inflation subie, ce qui a tendance à freiner la consommation et donc la croissance à long terme. Ce point de vue est défendu par l'Allemagne, ce qui n'est pas très étonnant, difficile de trouver plus libérale dans la zone euro comme politique du travail. Et comme tout bon libéral, on se retrouve aisément dans les théories classiques et notamment dans une politique de soutien de l'offre en temps de crise. 

La théorie qui s'y oppose est celle de Keynes, selon lui, la monnaie n'est pas neutre. Avant tout, il faut préciser que dans la théorie classique, le raisonnement se fait à long terme. Alors que chez Keynes, la réflexion se fait à court terme, car selon lui « A long terme, nous serons tous morts ». Selon ce dernier, la monnaie a une influence sur les agissements des différents acteurs économiques.  Le fondement de sa théorie se base dessus. Les trois piliers de la théories monétaire keynésienne sont les motifs de spéculation, précaution et de transaction. C'est à dire, que par exemple, par motif de spéculation, les ménages vont avoir tendance à épargner si les taux d'intérêt augmentent. Donc, les autorités ont les moyens d'influencer les comportements des différents agents économiques par la politique monétaire. Par exemple, comme la France le demande depuis un moment et comme les pays anglo-saxons le font depuis déjà longtemps, baisser les taux d'intérêt pour forcer la consommation des ménages, car les taux d'épargne (indexé, tout comme le taux d'emprunt, sur le taux directeur) ne seraient plus du tout intéressant. 

Mais, à long terme, ces effets ont tendance à s'annuler et à créer de l'inflation comme l'explique la théorie néo-classique. Les mécanismes monétaires, ne doivent donc être utilisés qu'à court terme et dans une optique de stabilisation conjoncturelle de l'économie. Mais, en ce qui concerne le PIB structurel (en opposition au PIB conjoncturel), ils ne le favorise pas. 

La mondialisation : vecteur d'incertitude

Dans les équations en économie, on retrouve souvent l'acronyme:RdM, ce qui signifie « Reste du Monde ». Pendant longtemps, cette composante a été ignorée, car elle n'était pas significative, mais depuis quelques dizaines d'années, celle ci prend une très forte ampleur. Le reste du monde, ce sont toutes les richesses qui rentrent et sortent des frontières. La mondialisation a été créée pour éviter les conflits militaires, durant bien longtemps, nous lui avons fait des louages, mais aujourd'hui, elle se retrouve sérieusement remise en cause.

Le problème avec l'inter-dépendance des économies, c'est la perte de contrôle. Les mécanismes ont désormais changé, si on prend par exemple la théorie de Keynes. Il existe ce qu'on appelle le multiplicateur keynésien, ce dernier dit que lorsqu'un État fait des dépenses budgétaires pour soutenir la croissance, alors l'impact est accru par ce multiplicateur. L'idée c'est, par exemple, l’État dépense 100 € pour soutenir la croissance en le versant directement aux ménages, les ménages consomment, les profits des entreprises croissent, donc le revenu des ménages augmente aussi et donc ils consomment encore et ainsi de suite. Le problème, c'est que cela ne fonctionne que lorsque les ménages consomment des produits fabriqués par des entreprises en France. Si, lorsque le ménage reçoit des aides, il consomme des produits importés de Chine, alors c'est aux entreprises chinoises que le multiplicateur s'applique...  

L'inter-dépendance des économies, c'est aussi le risque venu d'ailleurs. Nous vantons sans cesse le modèle exportateur allemand. Ce modèle fonctionne bien dès lors que la demande étrangère reste stable, mais si les pays importateurs se trouvent en mauvaise passe, alors c'est l'Allemagne directement qui sera touchée par la baisse du revenu des entreprises, et face à cela, les autorités n'auraient rien à faire... 

Nous aurions pu aller encore plus loin, mais alors cela pourrait devenir très long de débattre sur ces thèmes aussi intéressant soient-ils. Néanmoins, quoique depuis 30 ans, la mondialisation nous est vantée comme la solution pour le monde, force est de constater que derrière l'illusion de la coopération se cache la montée de l'individualisme, brisant la cycle vertueux qui devait être apporté...

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  1. Effectivement mais l'idée est séduisante pour les achats locaux, voir même pour l'exportation :)

  2. Y'a un économiste français relativement connu dont j'ai oublié le nom qui postulait une pluralité de devises en zone euro ^^
    L'idée aussi de faire l'euro fort et l'euro faible pour favoriser les échanges a fait aussi son chemin. Après j'entends par neutralité de la monnaie, le fait que l'utilisation de la planche à billet ne résout pas le problème à long terme :)

  3. Ca me fait penser à la création monétaire. Des communautés ou mêmes des localités qui créaient leur propre monnaie.
    Peut être qu'un mix serait judicieux :
    - une monnaie dite "neutre" (autant que possible) EUR et Dollars par exemple
    - des monnaies locales qui permettent plus de flexibilité.

  4. "cela ne fonctionne que lorsque les ménages consomment des produits fabriqués par des entreprises en France. Si, lorsque le ménage reçoit des aides, il consomme des produits importés de Chine, alors c'est aux entreprises chinoises que le multiplicateur s'applique... "
    Bien, bien, on progresse: qu'elle pilule choisir ?
    http://www.youtube.com/watch?v=TgfLNObfwLg


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