Le rapport de Louis Gallois sera inutile

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Hier, Louis Gallois, ancien PDG de la SNCF et de EADS remettait son rapport au premier ministre. François Hollande a promis de tirer toutes les conclusions de ce rapport, cependant venant d’un ancien patron d’une multinationale, les chances que les mesures préconisées soient appliquées sont faibles. 

Quelques mesures périphériques

Pour ne pas les omettre nous allons rapidement voir quelques mesures non centrales proposées par le rapport Gallois. La première est une suppression des 35h, 20 ans de débats suffisent pour ne pas étayer d’avantage dans un chemin où le biais politique dépasse la raison. Ensuite, viennent des mesures sur la relance de la compétitivité hors-coût des entreprises, comme le maintien du crédit impôt-recherche, l’augmentation des contrats en alternance ou encore la simplification des démarches administratives. Ces mesures ne peuvent être que bénéfiques, le véritable débat se porte pourtant plus sur la flexibilisation des contraintes d’emploi (suppression des 35h), et surtout sur l’abaissement du coût du travail.

Un rapport sur la relance par l'offre

Louis Gallois conseille avant tout, de la même manière que Jacques Attali dans son rapport de 2010, de réaliser un choc sur l’offre à travers une baisse du coût du travail. Ce dernier proposerait alors une baisse des cotisations salariales (10 milliards d’euros) et des cotisations patronales (20 milliards d’euros). Cette mesure, centrale dans ce rapport serait alors financée d’autre part par une hausse de la TVA et de la CSG. Cette mesure est évidemment une mesure de droite néolibérale, elle s’appuie bien entendu sur la loi de Say, loi très critiquée par Keynes, qui stipule que l’offre crée sa propre demande. C’est-à-dire, que tout bien créé trouve un acheteur ; la conséquence c’est qu’aucune crise ne connait comme raison la demande. Il faut donc stimuler uniquement l’offre. Mais actuellement, les prix vacillent et frôlent la déflation, signe d’une faiblesse de la consommation intérieure, ce n’est pas en doublant la production de sèche-linge qu’on relancera la consommation.

Le faux débat de la compétitivité-coût

La productivité des travailleurs français est très bonne, ce qui implique un coût du travail nécessairement élevé. Il est vrai qu’aujourd’hui nous avons le coût du travail horaire le plus élevé d’Europe. Ce cout trop élevé pèse évidemment sur les marges des entreprises françaises. Mais le problème n’est pas là, les néo-libéraux nous font systématiquement le coup de nous replacer dans le monde du XIX eme siècle et d’y transposer les problèmes et leurs solutions. Le rapport Gallois a pour but de relancer la production industrielle. Mais aujourd’hui, nous sommes confrontés à la mondialisation, la France produit des biens bas/moyens de gamme et nous expose face aux productions des pays émergents. Nous sommes bien sûr trop chers face aux chinois, mais ce rapport suggère quoi ? Il suggère qu’on s’abaisse pour aller vers eux : flexibilisation de l’emploi, baisse du coût du travail, attaque à l’environnement,… Il suffirait plutôt de décaler gamme, comme l’ont fait les allemands il y’a plus d’un siècle et plutôt chercher à accroitre l’efficience intérieure des entreprises plutôt qu’instaurer un cadre favorable aux multinationales. La relance de l’industrie lourde en France appartient désormais plus au mythe qu’à autre chose, il faut relancer pas seulement l’industrie mais surtout les secteurs productifs. La relance des secteurs à forte valeur ajoutée comme les technologies numériques, l’industrie de pointe qui a longtemps réussi à la France (Aéronautique, ferroviaire…).

L’application du rapport : un rêve.

Il vaut mieux encore croire au Père Noel qu’à une éventuelle application de ce rapport. Nous aurions pu appeler ça le « rapport Sarkozy ». Si Hollande se lance là-dedans, il enterrera définitivement son électorat. Certainement, nous pourrions avoir un semblant d’application à travers l’application de petites mesures çà et là, mais ni la flexibilisation de l’emploi, ni la baisse du coût du travail ne seront touchées. Mais dans les conditions actuelles de la conjoncture économique, le gouvernement a raison de ne pas l'appliquer, atteindre si fortement la demande forcerait nécessairement une récession.

Quelle conclusion à donner de ce rapport ?

C’est un rapport tout droit venu du haut capitalisme néo-libéral, il est très bien représentatif de l’idéologie actuelle du MEDEF. Ce rapport défend la ré-industrialisation par le bas pour s’aligner vers les émergents et attaque la consommation et les travailleurs. La France à une bonne productivité horaire, il ne lui manque qu’une gamme élevée. Pour cela, il faut revenir aux fondamentaux, la première chose c’est le système éducatif, et notamment dans l’enseignement supérieur universitaire, il est surchargé dans les filières improductives (littéraire, socio, droit,…) et dépeuplé dans certains secteurs clés de l’innovation (physique, maths appliquées,…). L’université ne peut plus se contenter de créer des poètes, elle se doit aujourd’hui de former des jeunes à l’emploi pour la majeure partie. La recherche industrielle doit être largement appuyée par l’Etat, l’Etat doit retrouver un rôle de planificateur de l’économie s’il veut relancer la production industrielle. La solution du rapport Gallois, c’est un retrait de l’Etat pour assurer les marges des entreprises et leur laisser les mains libres.

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  1. moi je trouve ahurissant que les multi arrivent encore a faire des decideurs des moutons . comment des gens si ignorants peuvent prendre des decisions aussi grave?..
    comme si on allait accepter un jour d'etre payer 300 euros plus reductions des frais de transports..
    si c'est ca les solutions de demain, on est dans la m.....

  2. olo6 Effectivement, je suis en maths appli, et quand j'étais en licence on était 70 alors que les psychos étaient 900, je trouve ça dommage d'autant plus qu'en math appli c'est 2 postes pour un étudiant.

    Pépère: la compétitivité n'a absolument rien à voir avec le budget national... Et d'un point de vue technique un bon environnement d'infrastructure étatique améliore d'ailleurs la compétitivité

  3. Juste un passage pour enlever ce foutu abonnement qui est en train de spamer ma boite du même message toute les 5 minutes, merci forexagone !

  4. Trader invité pépère

    la compétitivité passe forcément par la réduction des postes de dépense les plus lourds....premier passage obligé :( et nécessaire si les investissements et autres bénéfices ne suivent pas. ce qi touche en premier les petites mains ( délocalisables). Non la France n'a pas une bonne compèt horaire, merci de ne pas mélanger ttes les stats ou d'en faire une étude spécifique..
    Effectivement merci à l'education nationale d'arrêter de nous fabriquer des couturières! Limite des dentelières pour entretenir certaines traditions locales et en faire le fleuron du folklore français local.

  5. "notamment dans l’enseignement supérieur universitaire, il est surchargé dans les filières improductives (littéraire, socio, droit,…)"
    Bien souligné, je suis en semestre d'études à l'étranger avec plein de français venus des 4 coins de la métropole et la plupart font de la psychologie, de l'histoire et surtout du droit... Je suis en ingénierie mécanique spécialité informatique pour ma part, autant dire que ce n'est pas monnaie courante !

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