Les conséquences économiques de l’obsolescence programmée

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On peut crier autant qu’on veut à la théorie du complot à cet égard, pourtant nombres d’études de fiabilité montrent un souhait de certains constructeurs de réduire la durée de vie de leurs produits. Cette pratique, quoique peu propre en termes d’éthique s’accorde cependant naturellement au modèle consumériste moderne, ayant débuté durant la seconde révolution industrielle. C’est l’idée d’une consommation quantitative, et non plus qualitative.

L’obsolescence programmée

De manière simple, c’est l’ensemble des pratiques d’une entreprise qui visent à diminuer la durée d’utilisation des produits fabriqués par cette même entreprise. Le but évident est économique, par exemple : racheter un ordinateur est bien plus attrayant que devoir le réparer, pour bien des raisons : les ordinateurs étant alors de moins bonne qualité, les réparations seront fréquentes, certes cela rapporte, mais cela casse la division du travail d’une chaine de montage et limite donc fortement les économies d’échelle. Le terme est très général, on pourrait par ailleurs employer « désuétude » que « obsolescence ». On distingue plusieurs types de pratiques concernant cette obsolescence, mais on peut les regrouper en deux classes :

  • L’obsolescence de fonctionnement : tout simplement, limiter la durée de vie. Ça peut se faire de plusieurs manières. Un exemple connu est celui des ampoules, en 1925 l’électricité se répand, et la lumière avec. Un cartel se forme parmi les fabricants d’ampoules, pour limiter la durée de vie des ampoules à 1000 h de fonctionnement, alors que des niveaux bien plus importants pouvaient être atteints. Cela passe aussi par d’autres procédés, par exemple l’incompatibilité (typiquement les logiciels ne fonctionnant plus sur des systèmes d’exploitation datés). Il y a aussi le déficit de service après-vente, par exemple une absence de réparation possible, ou des pièces non standardisés qui empêchent le montage chez un réparateur externe.
  • L’obsolescence d’évolution : Cela ne concerne ici pas le fonctionnement à proprement parlé, mais plutôt les choix des consommateurs, souvent dus à un effet de mode, ou à une évolution du design. Cette obsolescence s’opère par un très fort renouvellement des produits sans grandes avancées technologiques. Par exemple : les téléphones mobiles avec les iPhone.

Pour résumer, on ne peut pas réduire le problème de l’obsolescence seulement au plan technique, car si certains matériels sont désormais moins fiables comme les ordinateurs, c’est aussi le vœu du consommateur de vouloir renouveler. Les industriels ont donc dirigé la faute sur les consommateurs à travers une politique de coût et de marketing.

Et économiquement parlant ?

Il faut dissocier les produits qui ont pour but de fournir une production, c’est-à-dire du matériel pour les entreprises, et les produits adressés au public. La politique est tout à fait différente, par exemple dans le transport, pour les particuliers on vend des voitures, pour les entreprises, des camions. Le camion est un matériel plus lourd, soumis à d’avantage de contraintes, il est pourtant conçu pour dépasser 1 million de kilomètres. A l’inverse, les voitures pour particuliers, sont conçues selon la marque pour durer au mieux 200 000 kilomètres. Tout ceci pour dire que la politique de rapport qualité/prix dépend du client. Les entreprises rationnalisent, elles sont éclairées et visent un objectif calculés, les ménages beaucoup moins, preuve que le différentiel relatif de qualité dépasse le différentiel relatif de prix. La conséquence est environnementale, car il faut alors beaucoup plus de travail, d’énergie et de matières premières pour faire rouler un ménage 10 ans, que pour faire rouler un routier…

En ce qui concerne la consommation de masse, rappelons qu’en France le PIB est composé à presque 60% de la consommation, le modèle consumériste s’adapte pleinement au concept d’obsolescence. En effet, de même que s’il n’y avait plus de gens pour salir, il y’aurait d’avantage de chômage, il est plus intéressant de produire deux fois un bien en un an, qu’un en deux ans. Pour maintenir cet accord, il faut alors que les gammes de produits se renouvèlent le plus rapidement possible. En effet, car le cas non échéant, les ménages préfèreraient bien sûr un gain de fiabilité qui offrirait naturellement des économies d’échelle. Donc, comme nous le constatons dans de nombreux cas : électroménager, high-tech, jeux-vidéo, etc, les produits se renouvellent très vite. Les constructeurs se concentrent donc sur la production, au détriment de la recherche, en conséquence directe : l’innovation en est réduite. A ce moment-là, si le produit ne s’améliore pas, les consommateurs, pour payer au même prix que l’année passée un nouveau produit, il faut qu’il soit meilleur, sinon, autant reprendre un ancien, devenu moins cher à cet instant. Il y a donc un blocage, le consommateur veut un produit certes d’une durée de vie limitée, mais présentant de nouvelles fonctionnalités, de son côté le producteur doit répondre à la nouvelle demande créée par la perte de durée de vie de ses propres produits, mais il n’a plus le temps d’innover… En substitution, pour stabiliser l’équilibre entre l’offre et la demande, il va donc soit diminuer le prix, soit agir sur le marketing et la communication (exemple de l’iPhone 4S). Diminuer le prix participe à lancer une guerre des prix, et favorise la banalisation des produits. Puisque dans des environnements oligopolistiques, la baisse des prix d’un producteur pousse les autres à faire de même (exemple des forfaits téléphone avec la baisse brutale des prix chez le fournisseur Free). C’est donc une banalisation générale des produits qui s’opère, les produits sont toujours aussi couteux en énergie et en matières premières, mais ils n’innovent plus. De plus, la guerre des prix provoque une baisse des marges, donc une baisse des investissements en recherche et développement, pour augmenter les marges perdues, il faut diminuer le coût de production, donc soit on choisit des matières premières de moins bonne qualité, soit on délocalise dans des pays où les normes sociales et environnementales sont réduites. La question de la délocalisation est d’autant plus soutenue qu’elle limite fortement la réparation des produits, or les emplois de réparation sont des emplois locaux, ce qui évidemment coupe l’herbe sous les pieds des entreprises de réparation françaises.

Nous pourrions étayer durant des heures, mais pour conclure nous pouvons dire que la dynamique de progrès est limitée par l’insatiété du consommateur, elle-même produite par l’obsolescence des produits vendus. Mais cette question n’est pas banale, car remettre en question le renouvellement continu des produits met en péril la pleine efficience du modèle consumériste moderne.

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  1. Trader invité Alexandre

    Il est clair que le fait de lutter contre l'obsolescence remet en cause notre mode de consommation, surtout pour les produits techniques. Les évolutions sont moins importantes en électroménager, c'est pourquoi il peut être préférable de réparer ses appareils plutôt que de les remplacer. Cela permet de limiter l'impact écologique et les dépenses du consommateur. Des sites internet comme www.spareka.fr proposent des aides à la réparation et des pièces détachées pour réparer ses appareils électroménager.
    On peut donc tous agir contre l'obsolescence à condition d'accepter de faire des concessions sur les innovations techniques.

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