La pratique bonne pratique de l'économétrie

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Deux économistes renommés se sont sérieusement trompés dans une étude portée sur les effets de la dette. Plusieurs erreurs et suites de mauvaises appréciations visiblement liées à un manque de rigueur se sont glissées dans celle-ci. L’étude a été menée par Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff et publiée en 2010 ; trois économistes ont montré que cette analyse était tout à fait erronée.

L’erreur est humaine, mais pas seulement

Les deux économistes se sont trompés dans leurs tableaux Excel, le souci véritable, c’est que ce manque de rigueur aura peut-être des effets non négligeables à l’échelle planétaire. En effet, cette étude montre qu’un endettement supérieur à 90% du PIB infligerait naturellement une récession de 0.1%. Les trois économistes, ayant revus les calculs et les ayant corrigés ont conclu à une croissance de 2.2% pour ce même taux d’endettement.

C’est premièrement une erreur de formule, aux vues de l’influence de cette étude sur les décisions politiques qui ont suivi, ce manque de rigueur est tout à fait regrettable. Mais visiblement, il y a un point plus épineux. En effet, les deux économistes ont clairement oublié de faire rentrer certain pays dans les données étudiées sur longue période. Et aussi, la pondération affectée à certain d’entre eux parait aussi quelques peu arbitraire au sens des correcteurs, ce qui est bien plus grave qu’une faute de formule, puisqu’on peut faire dire à ce moment-là, ce qu’on veut à cette étude.

La statistique remplace la science

C’est une étude économétrique basée sur des données de longues périodes, par essence les facteurs de croissance ou de récession ne sont pas nécessairement les mêmes au fil du temps, et ainsi, il est difficile de comparer la situation post-seconde guerre mondiale à la situation actuelle. Ou alors, il faudrait une étude clairement plus étayée et rigoureuse d’un point de vue statistique, permettant une normalisation des données selon les périodes et les caractéristiques typiques des pays.

Une étude statistique montre des corrélations, ou plus généralement des liaisons entre des variables. Ici on étudie la corrélation entre la croissance et le niveau de dette, cela peut se faire par différents modèles selon ce qu’on souhaite montrer et avec quelle finesse (modèle de régression, modèle à correction d’erreur, processus de série temporelle,…). Toutefois, le modèle vous donnera une sortie logicielle avec écrit : « Il y a un lien significatif entre les deux variables ». Cela ne veut pas dire pour autant : « Cette variable explique celle-là », c’est un lien de corrélation, et non de causalité. L’effet réel évoqué par les économistes quant à la pression de la dette est l’effet d’éviction, définit par les keynésiens, mais son existence est sérieusement remis en question.

De plus, même si cette étude faisait référence, bien d’autres études ont été publiées sur ce thème, et aucune concordance particulière ne parvient pour autant, personne n’est d’accord. Cela montre que sur les mêmes données, les économistes arrivent à des conclusions très sensiblement différentes. Il faut savoir qu’ils ont bien souvent recours à des pondérations, par exemple donner un poids plus fort aux Etats-Unis qu’à un autre pays, et aussi ils choisissent arbitrairement le risque d’erreur (quoique toujours arbitraire, mais on voit fréquemment des abérations). Tout le problème demeure dans le biais des économistes, l’effet d’éviction a tendance à diviser les économistes, certains soutiennent son existence d’autres la réfutent. Mais dès lors qu’il s’agit de chercher à le trouver dans les données, les économistes vont nécessairement aller dans leur propre sens de réflexion pour appuyer leurs théories par des chiffres. On peut alors perdre toute confiance dans les études statistiques visant à montrer son existence ou non. Et s’il est bon temps d’enlever au statisticien sa fonction, il en serait un meilleur de lui rendre, car dépourvu de la théorie économique, il pourrait modéliser sans biais, et ainsi proposer une analyse formelle et rigoureuse.

Les conséquences de ces erreurs

C’est une étude publiée en 2010, au début de la crise grecque fait office de support aux mesures d’austérité, puisqu’elle les légitime. En effet, d’après elle, une dette supérieure à 90% du PIB provoque une récession de 0.1%, il est donc tout à fait logique d’évite cette récession en réalisant des coupes budgétaires. Mais, les correcteurs de cette analyse montrent qu’au lieu d’obtenir une récession, on disposerait d’une croissance de 2.2%, ces résultats restent aussi très flous, et comme nous l’évoquions aucun consensus ne se dessine. Un tel écart de prédiction montre tout de même une variabilité conséquente dans les prévisions. Néanmoins, peut-être qu’en réalité, l’Europe a créé sa propre crise en Grèce, et dans les autres pays, en poussant à bout les mesures d’austérité. D’autre part, ces études sur l’effet d’éviction ont mis la pression aux prêteurs internationaux, et les pays comme l’Italie ayant des dettes supérieures à 100% du PIB ont vu leur taux d’emprunt fortement augmenter. Et si finalement, on avait allumé nous même le feu au lac par précipitation et manque de rigueur ?

En conclusion, tout est bon pour faire de l’austérité, depuis que les mesures de rigueur sont mises en doute, les économistes revoient leurs analyses. Mais quoiqu’il en soit, le mal est fait, peut-être est-il temps de donner aux Etats une plus grande largeur dans leur politique budgétaire ? Et aussi, il faudrait contrôler et normaliser à l’échelle internationale les études économétriques influentes.

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  1. Le problème c'est que personnes n'a vérifié, meme pas ceux qui critiquent leurs thèses!!! Ou est la critique journalistique, la critique économique ...etc si rien n'est vérifié! Pour paraphraser DR HOUSE"Tout le monde ment"

  2. Oui c'est grave ça, le problème c'est qu'en stats, c'est pas toujours évident de rentrer dans le détails de calcul d'un autre. Après ce sont de grands économistes donc on les considère comme fiables... Mais pas forcément de grands statisticiens...

  3. Surtout que PERSONNES n'a penser à recalculer les études: les journalistes éco, les gestionnaires, économistes,....etc. Heureusement que des étudiants cherchent et trouvent: la méthode scientifique n'est plus enseigné!!!!:on se contente de recopier sur internet sans verifier.....

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