Chypre: une austérité sans mesure

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Difficile d’échapper à ce nouveau retour de crise méditerranéenne, Chypre est mise à mal par ses prêteurs, autant les précédents que les nouveaux. La Troïka, déjà dure avec les Grèce redouble d’exigences et ne se gêne pas pour demander des coupes sur les dépôts. Le prélèvement à la source, meilleur encore que notre CSG, c’est une taxe instantanée et sans lendemain. De quoi assurer un sauvetage, tout en faisant oublier le malheur.

Chypre : un tout petit pays

Pour prendre un exemple, l’économie chypriote n’est pas comparable à celle de la Grèce, il convient donc de garder un regard différent. Chypre, c’est un pays pesant 17 milliards d’euros de PIB annuel, soit un peu plus que le PIB de la région Limousin. Cela représente 0.19 % du PIB de la zone Euro. C’est plus de 10 fois moins que la Grèce. Mais sa petite dimension ne lui épargne pas la crise, la dette publique est de 15 Milliards d’euros, soit 88% du PIB. C’est autant que la France en proportion, et pourtant la banqueroute n’est pas loin. Le problème se situe dans les capitalisations des banques qui aujourd’hui sont mises en périls, les banques chypriotes ont besoin d’un appui de liquidité de la part de la BCE, et l’Etat lui de l’UE.

Que demande Chypre ?

10 Milliards d’euros, pas loin de la moitié de son PIB. La proportion démesurée du secteur bancaire ne permet pas au pays de lui venir en aide de lui-même.  Avant même ces 10 Milliards d’euros, ce dont l’économie chypriote a besoin, c’est une injection de liquidité de la BCE pour les banques.  C’est un problème qui au fond se rapproche beaucoup plus de celui de l’Espagne que de celui de la Grèce, c’est celui d’un secteur bancaire systémique dépassant les capacités réelles du pays. Tel en atteste l’importante présence russe dans les dépôts des banques chypriotes, cette externalisation bancaire produit un important effet de levier. Mais l’effet de levier est désormais trop fort, si bien que l’actif de la principale banque commerciale du pays dépasse les 36 milliards d’euros, ce qui est plus que le PIB du pays lui-même. On comprend alors aisément qu’en cas de défaillance du système bancaire, l’Etat est systématiquement mis en péril simultanément.

Les offres et exigences de la Troïka

Comme nous l’évoquions, la Troïka (UE, BCE et FMI) propose 10 milliards d’euros à Chypre pour éviter la banqueroute. Mais ces 10 milliards sont chers puisqu’elle exige aussi en contrepartie, des économies immédiates à hauteur de 7 milliards d’euros. Mardi, le plan que proposait la Troïka a été rejeté par le parlement chypriote. Nicosie a alors proposé d’elle-même un plan alternatif, dit plan « B ». Initialement, la mesure de prélèvement touchait tous les comptes bancaires, le plan B prévoit de ne plus taxer les comptes inférieurs à 100 000 €. Mais d’un autre côté de prélever plus fortement les hauts comptes, entre 15 % et 25 %. Pour l’heure, les banques sont closes, l’économie paralysée, le parlement se presse alors pour voter à tours de bras les lois sur la restructuration bancaire, la taxe sur les dépôts n’a pas encore été présentée.

Pourquoi autant d’austérité ?

Récolter 7 milliards sur un PIB de 17 Milliards, jamais la Troïka n’a exigé pareille rigueur. Quelle source à cet acharnement ? Le ras le bol du nord de voir systématiquement les pays méditerranéens en échec, et ne mettant pas en place les mesures nécessaires. Mais ce qui motive ces excès, c’est surtout la taille du pays et la faible exposition de l’Allemagne à cette dette. Ce qui n’était pas le cas pour la Grèce qui pouvait provoquer une crise de confiance aggravée. La composition de la dette chypriote actuelle en 2012 est celle-ci : plus de 50 % de créances nationales ajoutées à une dette liée à la recapitalisation des banques, puis des créanciers étrangers : 40%. La dette est donc majoritairement nationale, et en rapport des capacités européennes, elle n’est pas grande, si bien que Berlin n’est exposé qu’à hauteur de 60 millions d’euros. L’Allemagne ne serait donc pas plus touchée par le versement d’un plan d’aide que d’essuyer les pertes d’un défaut, ainsi Chypre devient le souffre-douleur de Berlin…

Pour conclure, on note que la Troïka durcit ses critères d’exigence, mais pas uniformément, l’importance du pays y joue. Chypre ne présentant aucun risque systémique, l’UE et la BCE s’en donne à cœur joie, notamment la BCE qui ne joue pas le jeu, en restreignant complètement les apports en liquidité aux banques. Il ne faudrait pas s’étonner de voir Chypre sortir de la zone Euro et faire un défaut façon argentin.

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  1. UE + BCE + FMI ^^

  2. Merci Roland , au faite c'est quoi la Troïka ?

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