Malthus pourrait bien enfin avoir raison

penurie

Intuitivement, on serait évidemment tenté d'accepter la thèse de Malthus, et c’est très probablement à raison, mais voyons donc pourquoi. En effet, sans besoin de soulever la théorie malthusienne toute entière, nous évoluons dans un environnement fini, la perspective d’une croissance infinie parait par essence donc assez absurde. Pourtant, le modèle de développement des pays prend cette hypothèse pour fondement de son modèle.

Le mythe d’une croissance à 3%

A chaque reprise depuis le début de la crise en 2008, les estimations de croissance de moyen terme pour les pays occidentaux atteingnent un niveau de 3%. Et systématiquement, elles sont corrigées à la baisse au fil du  temps, mais pour une prévision à t+3 ans, les statisticiens arrivent encore à nous proposer des niveaux de croissance supérieurs  à 2%. La grande question est de savoir, puisqu’aujourd’hui dans les pays occidentaux, presque personne ne les réalisent (si ce n’est au dépens des autres ou par des ressources naturelles providentielles), pourquoi donc on ne pourra plus retrouver de tels niveaux.

Ces spéculations sont basées sur des statistiques des 30 glorieuses, car depuis ce temps-là, nous n’avons plus jamais connu de tels niveaux de croissance, c’est donc tout à fait illusoire de se projeter aussi loin… Cela signifie que les 30 glorieuses, c’est définitivement fini ? Oui, nous ne les retrouverons pas. Tout simplement, car durant cette période la population, après la seconde guerre mondiale a augmenté fortement, poussant tout naturellement la croissance. Cette croissance est aussi due à des progrès techniques fulgurants, notamment dans l’industrie lourde et dans l’agriculture.

Aujourd’hui, la croissance des populations occidentales a très fortement ralenti, et si la croissance mondiale tient encore, c’est pour deux raisons : la première à nouveau, la croissance démographique des pays émergents qui sont actuellement en phase de transition, elle offre une augmentation de la production chez les émergents, mais cela se répercute aussi en occident par une demande intérieure accrue, sollicitant nos exportations. La seconde raison, et à défaut de progrès technologique majeurs, c’est l’intensification de l’exploitation des ressources naturelles, à défaut de produire mieux, substituons le qualitatif par le quantitatif. En atteste des pénuries de sables aujourd’hui, ainsi que de nombreuses ressources essentielles pour lesquelles la durée de de vie d’extraction est limitée (l’or, le cuivre par exemple). Les pays européens eux, à défaut d’une croissance de population, ont acheté leur croissance à crédit, c’est-à-dire qu’ils parient depuis 20 ans que la situation sera meilleure demain.

Mais ce phénomène devrait s’arrêter

En effet, si la terre compte plus de 7 milliards d’habitants, et que la croissance de la population est encore assurée pour quelques années, les experts de l’ONU pensent qu’une fois que les émergents auront réalisé leur transition démographique, la population planétaire devrait décroitre après avoir touché un pic de 9 Milliards d’habitants vers 2050. Ce serait donc la fin de la fin de la croissance économique, ou alors seulement la croissance de certains aux dépens des autres.

En réalité, la croissance réelle n’existe pas, ce n’est qu’une croissance quantitative qui se répercute sur le PIB/habitant grâce à des effets de multiplicateurs. Aujourd’hui, en France, c’est l’immigration qui permet de maintenir la croissance… 

Le monde a repoussé la thèse malthusienne depuis plus de deux siècles, et cela en améliorant continuellement les capacités des facteurs de production, autant par la technique que par les modèle économique. Mais les améliorations techniques demandent l’extraction de composants rares, devenant alors encore plus rares. Et au-delà de la grande mythologie de la révolution industrielle verte, le monde n’a pas aujourd’hui de perspectives de croissances de productivité pour les facteurs de production. Les ressources fossiles sont mises en périls, et certaines ressources naturelles aussi, par conséquence de l’exploitation des premières. Notamment, une économiste de la banque mondiale précise l’existence de fortes tensions sur le maïs, le zinc ou encore le plomb, qui sont des ressources essentielles…

En conclusion, nous pouvons nous rappeler qu’avant 1750, le monde n’a aucune croissance, car il n’a aussi connu aucune croissance de population, et pourtant tous ces siècles n’ont pas connu que la sauvagerie qu’on nous apprend. Il serait peut-être temps de revenir dans le monde réel, et accepter la théorie de Malthus qui aujourd’hui semble prendre tout son sens.

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  1. fondamentalement intéressant, mais la marche en avant qui caractérise l'existence même de nos sociétés ne peut que continuer sous peine de régression profonde de l'humanité, que ce soit de façon qualitative (obscurantisme intellectuel et ou religieux) ou quantitative (population).
    A l'heure de la mondialisation, il est incompréhensible de continuer à raisonner par pays en terme de croissance, nous devons nous mettre à notre propre échelle, la planète.
    Voir les continents (blocs économiques) pour les moins modernes d'entre nous.
    Le niveau de vie doit être équivalent pour la totalité de la population mondiale, et il me semble qu'il y a encore de travail à faire, donc de la croissance économique.
    L 'analyse malthusienne nous rappelle les contraintes réelles qui vont baliser nos futurs développements, au génie de l'homme d'assurer un niveau de vie satisfaisant aux douze Milliard d'êtres humains que cette planète est en théorie capable de nourrir.

    Cordialement.

  2. Je ne m'attendais pas à lire un article orienté de cette façon sur un site consacré au Forex!!

    Merci Roland.

  3. Trader invité Garnier

    La crise écologique globale à laquelle nous faisons face (détérioration irréversible de la planète et pénuries diverses) donne bien évidemment raison à Malthus.
    Ceci étant, les dernières prévisions onusiennes ne prévoient malheureusement pas la stabilisation de la population mondiale à 9 milliards d'âmes en 2050. On verra plus bas que c'est plutôt quelques 11 milliards d'êtres humains qui sont attendus pour 2100 : excusez du peu...
    http://www.demographie-responsable.org/surpopulation/demographie/onu-projections-de-population-987654321.html

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