La zone Euro doit elle participer à la guerre monétaire ?

le-spectre-dune-guerre-des-devises-plane-sur-2013-big

Le Japon, la Chine, et les Etats-Unis, les trois plus grandes puissances économiques nationales se sont lancé une guerre monétaire. Mais au sein de ce conflit, la zone Euro reste impassiblement neutre. Nous pouvons nous demander quelle carte joue la BCE et si déclarer cette guerre serait profitable ?

Quelles raisons à ce conflit monétaire

Dans les années 50, après la guerre de 39-45, de la même manière que pour la ligue hanséatique, les Etats ont compris que le commerce était plus profitable que l’expansion territoriale. Et alors, le libre-échange, dans une logique d’équité permettrait la fin des guerres physiques. Ce principe, est en théorie des jeux celui d’une coopération dans un jeu du prisonnier. Pour résumer cette modélisation, les individus ont toujours intérêt à se faire confiance et à coopérer à long terme, néanmoins à court terme il est toujours très préférable de dénoncer l’accord et de trahir. Donc, dans ce cas globalement tout le monde a intérêt à réaliser du libre-échange, mais individuellement chacun à intérêt à ne pas le faire. De la même manière que pour l’entente des producteurs de pétrole qui limitent la production pour faire monter le prix, à ce moment-là individuellement chacun a intérêt à de son coté à produire au maximum.

Lorsque la situation économique de chaque pays est stable, alors tous ont gain à coopérer puisque la paix intérieure n’est pas menacée. Cependant, dans une situation critique, comme au Japon par exemple, l’Etat est oppressé par le temps et alors, aucune vision à long terme n’est souhaitée, mais seulement une sortie de crise. Les Etats cherchent alors des mesures d’urgence, quoique ces dernières nuisent au système mondial. On est alors partagé quant à un jugement trop dur ; nonobstant, d’autres pays développés mais ne connaissant pas de crise particulière, comme la Suisse, s’offrent aussi à jouer individuellement, mais seulement pour se protéger d’une explosion des taux de change. Et enfin, il y a la Chine qui, malgré une croissance satisfaisante cherche à accroitre sa domination commerciale.

Comment s’y prennent-ils ?

Globalement dans une guerre monétaire, l’idée consiste à faire décroitre le cours de sa propre devise face à ses importateurs potentiels. De ce fait pour l’acheteur, le prix est nécessairement plus faible qu’ailleurs et alors il devient intéressant d’y acquérir. Cependant, ce mécanisme a une limite, il ne fait profiter d’une hausse d’exportations qu’un temps. La devise de la zone économique en question devenant moins élevée, le reste de monde va y acheter plus qu’habituellement, ainsi la demande en devise locale va augmenter, et alors elle va retrouver le seuil précédemment connu. Pour tromper ce mécanisme, il suffit donc de perpétuellement dévaluer, ainsi en faisant systématiquement pression à la baisse sur sa devise, celle-ci reste basse.

C’est ce que fait le Japon depuis presque dix ans,  les Etats-Unis depuis le début de la crise ou encore la Chine depuis quelques années. Cette dernière, pour limiter artificiellement la hausse du Yuan, force ses entreprises exportatrices à systématiquement convertir les dollars en yuans pour maitriser la hausse du taux de change. Aux Etats-Unis ou au Japon, la méthode est plus souple, elle consiste en l’application du « Quantitative Easing », plus généralement c’est de l’injection monétaire non stérilisée, et alors en créant plus de monnaie celle-ci vaut nécessairement moins et ainsi, elle est dévaluée. Cette création monétaire aide à la fois à l’exportation, et aussi à assurer le budget national. Financé ainsi, le Japon entend relancer avec un plan de plus de 170 milliards d’euros son économie.

Quel rôle à l’Europe ?

La zone euro est la seule zone économique d’influence à ne pas se lancer dedans. D’une certaine manière, elle paye le prix fort. En effet, Avec un Euro qui explose aujourd’hui face au dollar, mais surtout au Yen, dont la hausse est fulgurante, la zone euro pénalise toutes ses entreprises exportatrices. Par exemple Airbus qui vend ses avions en dollars, et paye ses sous-traitants en euro. L’Euro s’envole face à toutes les grandes devises, et pourtant ce n’est pas la cause d’une amélioration de la conjoncture économique, puisque les prix restent stables, la balance commerciale est nulle, le chômage en hausse, tout autant que la dette. Cette hausse de l’euro ne trouve aucune réelle explication fondamentale intérieure est n’est alors qu’une réaction aux politiques extérieures. Ce n’est pas l’Euro qui véritablement s’apprécie, mais les autres devises qui se déprécient volontairement.

Nous pourrions aussi pratiquer des QE, et faire pression à la fois sur les taux obligataires et les taux de change. Toutefois, on note déjà une accélération de ces conflits monétaires, l’escalade est le commun de la guerre, et déjà le gouvernement japonais entend continuer cette politique, de l’autre coté la FED s’est mise à acheter du Yen pour le forcer à remonter. Les actions ne se cantonnent alors plus à des mesures intérieures mais bien à des interventions sur les autres zones. La zone Euro en paye le prix de tout bord, mais rentrer dans le jeu résoudrait-il le problème ?

La zone euro pourrait elle aussi à se mettre à la planche à billet et à stopper la stérilisation de son OMT. Les Etats disposeraient de taux plus bas, tout comme les entreprises, l’investissement reprendrait, tout comme l’exportation. A ce moment, toutes les grandes zones économiques se mettraient à faire des QE, et on reviendrait à un statu quo  commercial où toutes les devises seraient basses l’une face à l’autre, et alors personne n’en profiterait. Il n’empêche qu’aujourd’hui, commercialement parlant, la zone a tout intérêt à s’y lancer.

Mais pour terminer, nous pourrions élargir cette vision monétaire à une vision purement commerciale, puisque la guerre monétaire a pour but le commerce. Pourquoi donc se forcer à subir des taux de changes défavorables partout, l’Europe à l’extérieur vend à bas prix et achète au prix fort. Pourquoi donc, au lieu de prendre un gros risque inflationniste en utilisant la création monétaire (et de toute manière, les allemands se souviennent encore trop de 1923 pour le tolérer), n’appliquerions nous pas des tarifs douaniers ? D’une certaine manière, cela permettrait de sélectionner plus ou moins certains types de produits, et d’autre part cela reposerait sur une base non tributaire du marché monétaire. Mais ça, l’OMC l’interdit, mais la manipulation de sa devise non. Il existe donc une hiérarchie des atteintes au commerce, et celle-ci n’est clairement pas rationnelle. Pour ce qui est de l’Euro, à priori les opérations continuent d’être stérilisées, donc face aux politiques extérieures, celui-ci devrait continuer à s’apprécier. 

Articles sur le même sujet

Réagissez à cet article forex "La zone Euro doit elle participer à la guerre monétaire ?"

  1. Ce n'est rien :) Le yen est intéressant en effet, aux vues de la politique monétaire de la BoJ...

  2. Trader Forex fog

    merci pour cet article très instructif, j'aurai du m’intéresser au yen plus tôt...

Ajoutez un commentaire

Trader invité Poster en tant que Invité
optionnel: vous recevrez les réponses suivantes par email (ne sera pas affiché sur le site)
Test anti-spam cette vérification apparaît car
vous n'êtes pas identifié sur forexagone