La famine pétrolière n'est pas prête d'arriver

sable2

Depuis les années 70, on annonce la fin du pétrole et le besoin de changer d’énergie. Aujourd’hui le prix de ce dernier s’embrase dans une volatilité forte et presse les Etats de réagir sur leurs taxes indexées. Arrive-t-on à la fin du pétrole ? 

Le mécanisme caractérisant le prix du baril

On considère qu’il existe du pétrole plus ou moins couteux à extraire. Lorsque le pétrole le moins difficile à extraire se raréfie, alors l’offre diminue et le prix augmente. En conséquence, les entreprises accroissent leurs marges et ainsi leurs bénéfices. Mais à ce moment, le prix a monté et des pétroles plus complexes à extraire,  peuvent désormais devenir rentables, car le prix de vente surpasse à ce moment le coût de revient. En ce sens, les compagnies petrolieres investissent dans ces nouvelles exploitations et grâce aux marges supérieures, peuvent investir dans une réduction des coûts de revient des nouvelles exploitations. Et ainsi, l’offre s’accroit et s’ajuste à la demande, ce qui mécaniquement fait baisser le prix pour le stabiliser à nouveau.

L’industrie pétrolière est en mutation

Il est désormais quasi certain que le prix du pétrole va continuer de s’accroitre face à la demande. Néanmoins, la hausse de ce prix va attirer les pétroliers dans de nouvelles exploitations jusque-là non rentables. Comme nous le disions plus haut, la mise en œuvre et les efforts sur la réduction des couts de production devraient au moins ralentir grandement la progression du prix du baril. Le problème qui se pose, c’est qu’aujourd’hui malgré la hausse du prix, la prise de risque des groupes pétroliers dans de nouvelles ressources est limitée. Il faut encore espérer que ces derniers ne forcent pas l'attente de l'entente dans le but de maintenir une offre accordant des marges maximales. 

Quel avenir encore pour le baril ?

Si le PDG de Total martèle les annonces apocalyptiques pour préparer les populations à payer bien cher leur plein, il faut encore nuancer cela. La capacité de production pétrolière est encore largement suffisante pour contenter la Terre entière de nombreuses décennies. Il y a trois types d’exploitations pétrolières conventionnelles : 

- Les champs pétroliers connus et exploités : c’est le pétrole facilement extractible, c’est celui-là qui a un connu un pic de production et dont l’exploitation aujourd’hui devrait continuer à diminuer irrémédiablement. 

- Les champs pétroliers prouvés non exploités : Ce sont des ressources connues mais pour  lesquels le coût d’extraction est encore trop élevé pour nécessiter un investissement. Par exemple, les forages en eaux profondes au large du Brésil ou encore les forages en Arctique. 

- Les champs qui ne sont encore pas découverts.  

L’AIE (Agence Internationale de l’Energie) estime le stock total de ces ressources à 2500 Milliards de barils. La demande mondiale est actuellement de 30 Milliards de barils par an, donc il reste encore une bonne marge. Mais derrière cela, il demeure encore d’autres ressources, ce sont les pétroles non conventionnels et les carburants provenant de la liquéfaction du charbon et du gaz naturel.  Ces ressources sont très variées et surtout présentes en grandes quantités, cela passe par le bioéthanol qui aujourd’hui représente 2 jours de production mondiale, les très polluants sables bitumineux (au moins 175 Milliards de barils extractibles au Canada, et bien plus en Russie lorsque l'exploitation deviendra rentable), les huiles extra lourdes vénézuéliennes (500 Milliards de barils récupérables) ou encore l'algocarburant. Même si des pays comme le Canada s’y sont mis massivement, ces ressources sont largement sous-exploitées avec des milliers de Milliards de barils exploitables notamment dans les sables bitumineux russes. 

En conclusion, l’avènement des énergies renouvelables, c’est pas pour tout de suite. Les politiques l’ont compris, car si le pire était à venir à court terme, ils auraient agi. Le prix va bien entendu s’accroître avec une forte volatilité spéculative provoquée par des instabilités politiques au Proche et Moyen Orient, mais à moyen terme, il devrait se stabiliser à nouveau. Cependant, on est encore très loin d’une pénurie à long terme. Tout n’est qu’un coût écologique, car l’exploitation de toutes ces nouvelles ressources est à la fois très polluante et fortement nuisible à l’environnement…

Articles sur le même sujet

Réagissez à cet article forex "La famine pétrolière n'est pas prête d'arriver"

  1. il y a une legende urbaine chez les turcs (j'en frequente beaucoup et il y en a beaucoup pres de chez moi :) ) qui dit qu'ils auraient signer une convention pour ne pas exploiter les colossales reserves qu'ils auraient avant 2014 si mes souvenirs sont bons; quelqu'un peut confirmer/infirmer?

  2. Hormis scénario catastrophe (voir scénario de la banque mondiale), le monde est actuellement en croissance, il ne faut pas se bloquer sur l'Europe.

    La géopolitique, c'est sûr que les tensions ne manquent pas en ce moment, mais ça m’étonnerais que l'Iran bloque choisisse d'interdire le détroit d'Ormuz, ça donnerait une trop bonne raison au USA pour accompagner Israel dans une guerre.

  3. Trader invité Armin

    "Il est désormais quasi certain que le prix du pétrole va continuer de s’accroitre face à la demande."
    Dans une économie mondiale qui tourne au ralenti, êtes-vous certain que la demande va continuer à s'accroître ?

    Par ailleurs, si votre paralèlle opportunité d'investissement/ prix du pétrôle ne souffre d'aucune contestation, vous auriez pu enrichir votre analyse en y intégrant des facteurs d'ordre géopolitique. Avec d'un côté des pays comme l'Iran qui possèdent une grande capacité de nuisance dans la région et de l'autre des pays comme l'Arabie Saoudite qui ont un intérêt objectif à voir un cours élevé. Les revenus pétroliers étant un moyen efficace d'acheter la paix sociale face aux revendications de la population.

  4. Je crois que l'exploitation des sables bitumineux est 10 fois plus emettrice de C02 que l'exploitation du brut Saoudien. C'est sûr que, à ce rythme on se rapproche du mur.

    Mais pensez-vous, que les gens troqueraient leur steack haché à midi contre 1° en moins (enfin un degré pas en plus, plutôt ^^ ) ?

  5. J'ai pas dit que c'était bien.

    Par ailleurs, effectivement on tient compte de la croissance de la demande, je ne l'ai pas fait ici en effet. Mais, si on veut évaluer le stock ainsi, il faut utiliser des modèles économétriques, et ne les ayant pas sous la main, je ne préfère pas spéculer dessus. Je disais juste qu'à l'heure actuel le niveau de stock reste encore important vis à vis de la demande actuelle. Mais si on veut vraiment le faire, il faut tenir compte du fait que la consommation en pétrole est une fonction décroissante du prix et la crise économique étant loin d'être passée, on est encore dans un flou conjoncturel.

    C'est comme si on se mettait à évaluer le prix des choses à 20 ans en 1928... C'est pas un raccourci que j'ai fait, mais une prudence

    Par ailleurs ce ne sont pas "mes" mesures, ce sont celles qui sont utilisées ou en voie de développement. En effet, le problème dans l'extraction et l'exploitation de toutes ces ressources, c'est l'apport nécessaire en eau. L'extraction du pétrole des sables bitumineux ou des divers kérogènes nécessite de les fluidifer à travers l'envoi de vapeur haute pression. Et ça donne les choses pas belles qu'on voit au Canada.

    Et pour la meilleure solution "ecologiquement" parlant, ça reste l'exploitation en bassin d'algue. Le souci, c'est que pour catalyser les réactions divers produits "chimiques", et il n'est pas envisageable de relacher une eau poluée ainsi. Par ailleurs, cette solution n'est viable économique qu'au dessus de 400$ le baril donc ça reste impossible.

    Mais en consommation d'eau, y'a des choses plus aberrantes encore comme Las Vegas, Dubaï,...

  6. Trader invité Predator

    Bonjour, Votre analyse est pleine de raccourci. Le stock estimé de pétrole varie ( réserves prouvées, annoncées, médianes) . 2500 M est la fourchette ultrahaute - Ensuite une partie du "stock " d'un puits de pétrole, le taux de retour sur un puits dépasse rarement les 60%. donc on est plus qu'à 1500 milliards. quant au 30 milliards de barils annuels c'est aujourd'hui, d'ici 2050 au rythme de croissante mondiale et de la population "roulante" ce sera 40. et bien d'autres facteurs qui limitent le stock "utilisable" on plafonne à 30 ans. Donc pas si loin. Ensuite quel cout écologique de vos mesures... Les sécheresses actuelles impactant les stock mondiaux de blé n'en sont q'un avant gout. Votre analyse est l'exemple type de la politique de l'autruche...

Ajoutez un commentaire

Trader invité Poster en tant que Invité
optionnel: vous recevrez les réponses suivantes par email (ne sera pas affiché sur le site)
Test anti-spam cette vérification apparaît car
vous n'êtes pas identifié sur forexagone