La famine risque arriver brutalement en Afrique

Harvested corn field

Très récemment, la FAO émettait un risque important de pénurie alimentaire mondiale  de par la brutale hausse des prix cet été. Les céréales sont les produits concernés et l’explication donnée est celle de la sécheresse aux Etats-Unis. Néanmoins, nous remarquons que même si on observe une hausse généralisée, elle n’est pas du tout répartie de la même façon et elle demeure la cause de problèmes structurels.

Le maïs est le principal vecteur de la hausse des prix des produits céréaliers

Nous présentons ici les graphiques de l’évolution des cours de différents produits agricoles cotés au CBOT à Chicago. Nous commençons par voir le blé.

Cours du blé 

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Le blé connait ces derniers mois, une hausse assez franche mais on reste encore loin de la pénurie de 2010 causée par la sécheresse estivale en Europe (l’Europe représente 21% de la production mondiale) et en Russie(6%). Le cours se situe d’autant plus loin encore du sursaut en 2008 provoqué par une importante fonte des stocks mondiaux. Ici le prix s’accroit rapidement mais n’atteint pas encore des seuils dangereux. Le blé est utilisé à 70% directement pour l’alimentation humaine, même si en Afrique la consommation de maïs domine, le blé reste l’élément de base de la fabrication de produits alimentaires simples, comme le pain. La hausse de son cours doit donc rester limitée si on veut éviter une crise alimentaire.

Cours du riz

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Maintenant voici, le riz qui lui aussi appartient à une gamme de denrées déterminantes dans les famines. Nous remarquons rapidement que la hausse récente n’est pas explosive. Elle pourrait alors s’expliquer par une demande plus importante causée par le choix de substitution vis à vis du maïs flambant dans le cadre d’une offre stable . Le riz est produit quasi exclusivement en Asie et le marché reste très fermé, puisque si la Chine produit 30% du riz mondial, elle en consomme tout autant. Néanmoins, certains pays comme la Thaïlande tendent à exporter en Europe ainsi qu’en Afrique pour pallier aux déficits de production dans ces pays. En clair, il n’y a pas de quoi s’affoler pour ce qui est du cours du riz qui se place encore largement sous ses plus hauts dans une dynamique générale de plat.

Cours du maïs

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Pour le maïs, ce n’est plus la même affaire. On remarque avant tout que la hausse des deux derniers mois est absolument gargantuesque et vient créer un nouveau record. La hausse s’explique directement par la fameuse sècheresse aux USA puisque près de 40 % de la production mondiale s’y trouve.  Cette hausse est très grave pour l’Afrique subsaharienne, où les populations pauvres le consomment principalement pour ses capacités caloriques.

Le rôle du maïs dans la consommation mondiale

Le maïs sert quasi uniquement au monde occidental, en effet il est utilisé en forte proportion pour l’élevage (environ 60% du maïs produit). D’autre part, il est maintenant aussi utilisé dans la fabrication de biocarburants. Mais voyons succinctement ici qui dans le monde consomme le plus de maïs directement.

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(source wikipédia)

On note aisément que c’est l’Afrique subsaharienne qui est la première consommatrice par habitant. Ces pays en importent donc énormément, et cela dans un objectif de nourrir la population. Une telle hausse des prix est dramatique pour ces consommateurs. Néanmoins, si on voit que les pays occidentaux en consomment peu, c’est en réalité eux qui consomment la presque totalité de la production de maïs. En effet, principalement nous le disions, ce maïs sert à nourrir l’élevage à viande et d’autre part à produire des agro-carburants en passant par la production d’éthanol. Le gouvernement américain a fixé des quotas minimums en terme de production de bioéthanol ce qui continu à pousser à la hausse les prix du maïs. La FAO demande donc une suspension immédiate de ces quotas pour détendre les prix.

Les problèmes posés par le maïs

L’occident s’est désormais habitué à manger une viande ou un poisson à chacun des repas. Et maïs étant très assez chargé en énergie, il est donc devenu le principal nutriment des animaux à viande, ce a permis cette forte consommation de viande ces dernières années. Le problème qui se pose maintenant, c’est la consommation de viande chez les pays émergents qui s’accroit sans cesse. Or, si les rendements de production en maïs ont explosé entre les années 50 et 2000, aujourd’hui ils ont tendance à stagner. Par ailleurs, le maïs est une des plantes de culture les plus gourmande en eau, or le rendement maximal ne peut s’obtenir qu’avec une forte quantité d’eau et de soleil. Le problème aux USA, ce n’est pas le soleil mais les réserves en eau. Donc dans une période de sécheresse, le rendement baisse fortement à son tour. De surcroît, les quotas en bioéthanol ne sont pas flexibles vis-à-vis des rendements, donc lorsque les rendements diminuent, le prix du maïs augmente d’autant plus que le quotas devient relativement fort de par son immobilité.

Comment s’en sortir ?

Dans cette dynamique, avec des rendements portés à leur maximum, une demande en eau toujours plus forte et une importante augmentation des perspectives de consommation en viande chez les émergents, il est difficile d’entrevoir un avenir dans la culture actuelle du maïs.

Sans un sursaut technologique, la seule possibilité est une baisse de la consommation en viande des pays occidentaux et une limitation chez les émergents. Celle-ci est mécanique si le prix des viandes augmente par la hausse du prix du maïs. Mais le problème, c’est qu’en Afrique c’est le maïs directement qui est consommé, et une hausse du prix provoque naturellement une famine. L’objectif à atteindre en Afrique c’est une production suffisante de denrées alimentaires qui pourrait empêcher les famines à répétition. Mais face à cela, les terres irrigables actuellement ne sont pas délaissées, mais sont envahis par des productions à forte valeur ajoutée comme le coton. C’est un arbitrage entre l’argent et la famine…

En conclusion, une famine est très clairement envisageable, mais pas partout dans le monde, uniquement dans l’Afrique subsaharienne. Les asiatiques, de par leur marché rizicole intérieur très fermé ont réussi à gagner leur indépendance nutritionnelle malgré une forte pauvreté et de très grandes inégalités de richesses. Les Etats-Unis doivent supprimer au moins temporairement les quotas de bioéthanol et de surcroît, il faudrait entamer une campagne sur la décroissance de la consommation alimentaire qui aujourd’hui est un des principaux vecteurs des abus occidentaux.

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  1. Oui, mais aussi de limiter la croissance de la consommation des émergents. Par exemple, la Chine se base surtout sur ses investissements aujourd'hui au détriment de la croissance. Le jour où la tendance va s'inverser et que le marché intérieur gonflera, les chinois ne voudront pas manger que du riz.

    Ce qui serait intéressant effectivement c'est la stabilisation de la population mondiale, mais faudrait faire baisser l'espérance de vie aussi, car sinon on finit par avoir une peuplade de retraités. Sinon, un modèle à croissance nulle sur une base de croissance démographique nulle me parait très intéressant.

  2. Trader invité René Varenge

    Le meilleur moyen de limiter les futures famines c'est de stabiliser la population mondiale dans les plus brefs délais.
    Si nous parvenions à stabiliser la population humaine mondiale, plus personne ne mourrait de faim car les besoins en nourriture, eau, logements, vêtements, etc... seraient aussi stabilisés, il ne resterait plus qu'à amèliorer le niveau de vie des plus pauvres tout en respectant la biodiversité planétaire.

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