Le mercantilisme pourrait faire son retour

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Les débats de politiques budgétaires et de relance vont bon train en ces temps de crise. La France va mal, et pas seulement de manière conjoncturelle mais plutôt structurelle. Aujourd’hui, et comme hier, les débats de fond sont masqués par les débats de forme et il ne convient plus que de savoir à combien sera l’impôt. Néanmoins, un courant de pensée datant du roi soleil refait surface, c’est le mercantilisme (où le colbertisme en version française).

Le problème de compétitivité encore et encore

Nous en parlons bien souvent de cette compétitivité, précédemment nous nous portions plutôt sur la théorie libérale à travers la compétitivité-cout trop élevée en France. Le problème de la désindustrialisation est simple, le premier c’est que le coût du travail est trop élevé forçant les entreprises à chercher une main d’œuvre bon marché dans des pays émergents. Mais ce premier problème, que le gouvernement nous expose en ce moment même, n’est qu’une conséquence du deuxième. Ce dernier, c’est la qualité des produits fabriqués en France, ils sont généralement bas ou moyen de gamme contrairement à l’Allemagne où la production est orientée vers du haut de gamme. La France produisant des produits moyen de gamme se place donc en concurrence avec les pays émergents qui eux ont une main d’œuvre très clairement moins chère. Le cout élevé du travail en France devient donc un problème alors qu’il n’en est pas un naturellement.

Le mercantilisme comme réponse ?

Le mercantilisme est un courant de pensée particulièrement connu sous le 17 eme siècle. C’est une approche liant la richesse à la quantité accumulée par une nation de métaux précieux comme l’or ou l’argent. Contrairement à la vision libérale actuelle des échanges mondiaux dominée par l’OMC servant à limiter partout le protectionnisme, le mercantilisme est une approche guerrière économique. Elle se base avant tout sur le fait que la richesse du monde existe en dimension finie, et donc que tout ce qui sort d’une poche va dans une autre. Le but est donc d’avoir la meilleure balance commerciale possible. Pour que cet équilibre demeure, il fallait alors que pour chaque excédent commercial d’une part, il y ait un déficit d’autre part. En ce sens, tout le monde avait intérêt à faire du protectionnisme pour avoir un minimum d’importation et alors améliorer la balance commerciale, le risque c’est d’avoir un blocage des échanges commerciaux et alors un repli en autarcie. En conséquence, les expansions de richesses nationales ne peuvent alors plus se faire que sur la base de l’expansion territoriale et donc, le plus grand bien de consommation devient la poudre à canon. Mais là où le colbertisme a très bien fonctionné, c’est qu’il a motivé la production de bien de très haut de gamme et de luxe, de ce fait et de la rareté de ces produits dans le monde, les autres pays étaient alors forcés d’acheter en France puisque cela ne se trouvait nulle part ailleurs

Il semble aujourd’hui qu’une politique colbertiste française ou même européenne puisse être très opportune. Néanmoins l’Allemagne, enfermée dans son carcan ordo-libéral ne serait certainement pas d’accord. La politique à mener n’est pas une politique à la baisse des salaires mais à la hausse de la qualité pour pouvoir devenir concurrent de l’Allemagne. Il faut alors dans un premier temps un appui de l’Etat dans les domaines de l’innovation industrielle, la normalisation ou encore un soutien important au tissus entrepreneurial. Bien entendu aussi par une amélioration des formations pour bénéficier d’une main d’œuvre productive et avant tout capable de réaliser des travaux techniquement complexes. Un outil incontestable du colbertisme est bien sur le protectionnisme, c’est-à-dire une taxation plus importante sur les produits extérieurs. L’objectif est alors simple, non pas travailler plus pour gagner plus, mais travailler mieux pour gagner plus. Le pays augmenterait les taxes à l’import de nombreux produits manufacturés ce qui inciterait à la consommation des produits de base intérieurs, stimulant alors la création d’entreprises productives pour palier au déficit d’import. D’autre part, même face à une opposition protectionniste d’autres pays, la France, grâce à des produits de hautes qualités pourraient quand même réussir à exporter.

A mon sens, une telle politique est assez cohérente et permettrait d’en finir avec la désindustrialisation. Néanmoins comme nous le soulignions, une politique colbertiste est une politique de tension, car lorsque le marché ne se fait pas, les pays vont chercher alors leur dû au son du canon.

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  1. Hello, nous sommes tous d'accord avec ça...
    Il faudrait juste que l'ensemble des groupes financiers qui organisent toute l'économie soient aussi en accord avec cette politique, ça c'est loin d'être gagné... La politique du profit est encore dans toutes les têtes et faire des sacrifices (de relocalisation, de coût de main d'oeuvre diffèrent...) n'est pas inné pour ces groupes et encore moins pour leurs actionnaires, non?
    Il faudra donc que ça devienne une "obligation" d'état donc une politique volontaire et impopulaire, ça non plus ça n'est pas encore gagné ;)
    Merci Roland pour cet article...

  2. Oui voilà, rentrer dans une politique un peu plus raisonnée sans tomber dans l'excès. Le surcroit de protectionnisme finit tjs par des guerres, il faut réussir à se faire un peu plus valoir sur les frontieres sans se barricader.

  3. Trader invité toto

    On est tellement tombé dans l'opposé, plus de limites les marchandises doivent s'échanger librement partout, des taxes pour palier au différentiel de coût/productivité occasionnerait une levée de bouclier de toutes parts et pas seulement en Allemagne (vous en verriez des Français s'insurger).
    Malgré tout il est évident qu'avec toutes les différences entre toutes les zones économique du monde, une économie mondialisée (au sens ou tout doit toujours circuler librement et si possible sans taxes sur la compétitivité) n'est pas adapté.

    Je suis pour d'avantage de Colbertisme, mais il ne faut pas tomber dans l'excès de Colbertisme non plus. Les risques de tensions internationales sont trop grand (comme dit dans l'article), et les productions actuelles ne répondraient pas. Il serait temps de faire un peu de Colbertisme, mais en douceur et progressivement.

  4. En terme de biens échangés, il est évident que ce qui sort d'une poche va forcément autre part. Le système commercial mondial est en effet le même qu'avant. Ce qui diffère de l'époque du mercantilisme, c'est la finitude des richesses, au XVII, on ne connait pas l'emprunt à fort effet de levier, ni aucune croissance de population extreme, c'est à dire que chaque année on sait qu'on produit un certaine quantité de richesse au maximum. Et puis si on en veut plus faut aller les chercher, soit par la guerre avec Louis XIV soit par le commerce par Colbert.

    Aujourd'hui l'existence d'une limite à la production de richesse est moins claire, car la population croit d'une part, et les progrès technologiques permettent de fortes créations de richesses. Disons que dans l'ancien temps, les richesses étaient constantes ou tout du moins majorées, maintenant non, mais après le concept de balance commerciale favorable reste valable ^^

  5. Comment se base l'économie actuelle si ce n'est par un équilibre des balances commerciales dans le monde entier, et des richesses en quantité limitées? L'économie se base sur les emprunts? Jusqu'au jour où on atteint la limite des richesses disponibles et que les créanciers ne reverront plus la couleur de leur investissement?

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