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Bilan du quinquennat : Le grand emprunt 2010

rocard

Bien que la mesure ne fut pas la plus médiatisée du quinquennat, celle-ci demeurera surement une des plus grosses actions de l'actuel président. Néanmoins, nous pouvons être en droit de nous interroger sur l'intérêt de cet investissement et ses conséquences potentielles à l'avenir.

Un investissement qui profite à la recherche

Ce programme, dirigé par Michel Rocard et Alain Juppé, a pour but de soutenir le secteur industriel, mais surtout la recherche. Par ailleurs, dans l’histoire française, en rapport aux précédents plans de soutien, ce dernier est surement le plus imposant. En effet, à valeur actualisée en moyenne, ces derniers se situaient autour de 5 Milliards d’euros. Donc avec les 35 Milliards de ce plan, celui-ci paraît bien sûr assez exceptionnel, tout comme la situation du cadre économique mondial.

D'autre part, le grand emprunt, présenté initialement comme soutien à l’économie industrielle, est surtout un plan d’investissement dans la recherche et l’enseignement supérieur. En effet sur les 35 Milliards d’euros 16 Milliards sont directement alloués à l’enseignement supérieur et à la recherche, dans ce même montant 8 Milliards sont consacrés à la création des pôles d’excellence. Face à cela, le soutien à l’industrie se chiffre à hauteur 6.5 milliards d’euros, et comme nous allons le voir ensuite, ce montant est peut-être d'ailleurs quelque peu excessif.

Le grand emprunt n’est pas un endettement courant mais il reste risqué

Il faut comprendre ici que l'État cherche à engendrer une hausse de la croissance potentielle. Ainsi, en soi, l’investissement n’accroit pas la dette si ce dernier s'avère rentable. En effet, un gain de croissance permettrait une baisse du déficit budgétaire relativement au PIB de la France. En conséquence il faut voir ça comme un investissement rentable plus qu’une augmentation de la dette.

Ce projet n’a pas pour but de financer des dépenses courantes mais d’investir dans un objectif de rentabilité. En France, la majeure partie de la dette contribue aux dépenses courantes, ce qui d’une certaine manière n’est pas une situation viable à long terme (et qui a généré la crise actuelle). Quoique la gestion des finances publiques soit à débattre, il est important de comprendre que le grand emprunt pourrait être lui aussi un boulet, le cas échéant où les investissements envisagés comme rentables ne le soient pas. Par ailleurs, de la même manière que pour les plans de relance keynésiens, nous raisonnons une fois encore en économie ouverte. Par conséquent l'investissement de 8 milliards dans les pôles d'excellence, pôles conçus pour former une élite mondiale, pourrait perdre en intérêt si les futurs chercheurs étaient amenés à travailler à l'étranger ensuite.

Pas indispensable dans le privé

L'investissement dans la recherche et l'enseignement supérieur était réellement un besoin qui était identifié depuis déjà longtemps, et en conséquence ce plan demeure bénéfique sur ce point, cela paraît indéniable. Par contre, en ce qui touche l'investissement dans l'industrie, l'action est plus critiquable.

En effet, contrairement aux idées reçues depuis fort longtemps, les PME françaises, en moyenne ne sont pas confrontées aux soucis de financement. Assurément, à en croire le médiateur du crédit, sur l'ensemble de toutes les entreprises françaises, seulement 400 protestations ont été déposées, le chiffre est suffisamment significatif pour comprendre que le privé n'est en difficulté de financement actuellement. D'autre part, les PME françaises disposent de plus de fonds propres que les PME allemandes, et pourtant ces dernières sont plus performantes aujourd'hui. Le souci ne vient donc pas véritablement du financement mais plutôt des rigidités institutionnelles qui brident la croissance de ces dernières. En effet, principal problème des PME française demeure leur croissance, car bien que le taux de création d'entreprises en France soit supérieur à celui des États-Unis, les PME françaises se trouvent rapidement en difficulté dès lors qu'elles doivent croitre, et ainsi sont très souvent rachetées par des groupes plus importants.

Et pour quelques Milliards de plus

Michel Rocard proposait au début une somme de 100 Milliards d'euros, l'idée pouvait paraître fantasque, et ce fut le cas, mais celle-ci aurait très bien pu advenir. En effet, pourquoi devrions-nous restreindre ce qui devrait apporter un surcroît de richesse ? Le choix des 35 Milliards demeure relativement arbitraire, c'est déjà un investissement conséquent vis à vis des précédents plans, mais aux vues de l'ampleur de la crise que nous traversons aujourd'hui, un plan plus ambitieux aurait pu être envisagé sans complexe pour assurer un surcroît de croissance potentielle à long terme.

En conclusion, ce plan de relance par l'investissement demeure, quoiqu'on puisse en dire, une mesure plutôt favorable et à la fois nécessaire, ne pas l'avoir fait aurait été probablement une erreur. Néanmoins ce dernier, aussi conséquent soit-il, manque peut-être d'ambition dans la mesure du contexte actuel. Il sera difficile d'en mesurer les effets, car contrairement aux plans de relance par la consommation, les effets ne se mesurent qu'à long terme.

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Réagissez à cet article forex "Bilan du quinquennat : Le grand emprunt 2010"

  1. bonjour
    "Le souci ne vient donc pas véritablement du financement mais plutôt des rigidités institutionnelles qui brident la croissance de ces dernières."
    de quelles manières les PME sont telles bridées ???
    de quelles rigidités parlez vous ??
    donnez un ou plusieurs exemples pour mieux comprendre

    cordialement

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