La rigueur anglo-saxonne

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La banque d'Angleterre a décidé la semaine passée une injection massive de 50 Milliards de livres Stirling, soit approximativement 59 Milliards d'euros, dans l'objectif de booster une croissance vacillante  en ce début d'année. La planche à billet est-elle une véritable solution ?

Quantitative-easing ou assouplissement quantitatif

Ce mot aux consonances quelque peu techniques dont nous entendons souvent parler dans la presse et que nous avons déjà détaillé ici, mérite tout de même d'être rappelé. Un assouplissement quantitatif, c'est une version moderne de la planche à billet, ici il n'est pas question d'imprimer des billets. La méthode consiste à racheter des titres de dette d'Etat ou d'entreprises. C'est à dire que la banque centrale va financer les encours du secteur privé et public. On parle alors de monétisation de la dette, qui est un processus souvent employé dans les modèles anglo-saxons comme nous l'avons vu avec QE1 et QE2  aux USA. Mais ce genre d'action se paye par ailleurs.

A fond l'inflation

En 2011, l'inflation dépassait les 4% au Royaume-Uni, soit le double du taux français. Cela n'est pas dû au hasard, la cause est la politique monétaire menée par la banque d’Angleterre. Depuis le début de la crise, la banque centrale a posé les bases d'une politique monétaire expansionniste, en effet le taux de refinancement tend vers 0. Ce taux se répercutant de la même manière sur les emprunts et sur les  dépôts, en le baissant, d'une part le coût du crédit diminue et incite l'investissement, d'autre part, force la consommation car les taux d'épargne sont faibles. En conséquence, une hausse directe de la croissance.

De surcroît, ne constatant que le taux directeur à 0 ne suffisait pas pour doper la croissance, la banque centrale décide d'en remettre une couche en monétisant la dette, ce qui revient à accroitre l’offre monétaire. La baisse du taux directeur force mécaniquement les pressions inflationnistes d'une part, et d'autre part, les assouplissements quantitatifs aussi.

La double rigueur

Au Royaume-Uni, on ne plaisante pas avec la rigueur mais on n’en dit pas tout. En effet, nous avons vu la capacité du gouvernement britannique à couper sévèrement dans les budgets (et notamment la défense), mais nous n'allons pas une fois encore faire une critique de la rigueur budgétaire, ici nous allons voir une forme de rigueur bien cachée mais mal comprise.

Nous parlions tout à l'heure de l'inflation générée par la monétisation de la dette. C'est en fait un transfert de la dette des entreprises et de l'Etat vers les ménages. La mécanique est simple, si on crée des unités de monnaie (livre Stirling en l’occurrence), la monnaie perd en valeur relativement aux produits qu'on peut acheter avec, et en conséquence, les prix de ces produits augmentent.

Donc l'aide que la banque centrale accorde aux établissements en dette n'est pas miraculeuse, c'est le consommateur qui la paye. Quoique la chose soit imagée, cela ne constitue pas plus qu’une forme de TVA dissimulée qui se paye directement par la population. 

Cette charge que devront supporter les ménages britanniques pourrait  s’avérer relativement lourde, la banque centrale a décidé de transférer les dettes de l’Etat sur les ménages. Le problème c’est que les ménages britanniques sont, à l’instar des ménages américains, très endettés. Leur niveau d’endettement moyen se situe au double de celui des ménages français, de surcroît, l’épargne des ménages britanniques est très faible aussi. L’inflation induite par cette monétisation pourrait avoir de très graves répercussions sur la consommation et donc sur la croissance déjà fébrile. 

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