La mythologie économique française – Seconde partie

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Dans la première partie, nous avions traité du plein emploi ainsi que du fameux «travailler plus pour gagner plus ». Aujourd'hui nous changeons clairement de thème car nous parlons de l'inflation puis de l'évolution du prix des matières premières assortie des pensées stéréotypées qui y conviennent.

La vilaine inflation

Étonnamment, la palme d'or de l'idée préconçue la plus imagée de l'inflation néfaste ne revient pas aux politiques mais plutôt aux médias, d'ailleurs mention spéciale au JT de 13H de Jean-Pierre Pernaut. Dès lors que l'actualité vient à manquer, on aura du mal à rater le traditionnel « C'est la crise, le prix des produits de première nécessité à encore augmenté, voyons comment Pierrette s'en sort avec son potager ». Évidemment, difficile de ne pas pester la hausse des prix lorsque l'on se retrouve dans le magasin. Et pourtant, l'inflation est très loin d'être une plaie pour l'économie.

Il y a plusieurs cas dissemblables dans l'étude de l'inflation. Mais avant toute chose, nous allons commencer par réfléchir brièvement sur celle ci. L'inflation, c'est la hausse moyenne des prix d'une année sur l'autre. Au fond, en ce qui concerne les ménages, l'inflation ne signifie rien en soi. Sans considérer l'évolution des salaires on ne peut rien conclure. Ce qui compte réellement c'est le pouvoir d'achat, c'est à dire l'écart entre valorisation des salaires et hausse des prix (inflation). Si les salaires augmentent de 5% et que les prix augmentent de 2%, alors le pouvoir d'achat du consommateur augmente de 3%, ce qui est bénéfique. Mécaniquement, l'inflation a généralement tendance à favoriser proportionnellement les salaires. Lorsque les prix augmentent, les entreprises réalisent plus de profits et ces profits sont partiellement attribués à la hausse des salaires. Cette situation vertueuse s'est observée durant les trente glorieuses, malgré de très forts taux d'inflation, la croissance était solide et le pouvoir d'autant plus.

Les pays anglo-saxons ont tendance à clairement favoriser l'inflation, pour atteindre des taux allant jusqu'à 5% dans la période actuelle (Royaume-Uni par exemple). Ce qui s'oppose à la politique de la zone euro qui elle, vise à la contenir à 2% maximum. Il faut cependant éviter une situation de surinflation, dans ce cas, l'économie est clairement en surchauffe. Ainsi, les salaires ne peuvent suivre l'inflation, le pouvoir d'achat diminue et la consommation avec, ce qui entraine une perte de croissance. De surcroît, pour lutter contre cette inflation trop forte, la banque centrale augmente les taux directeurs, ce qui bloque l'investissement pour les entreprises.

Mais la pire des situations, c'est la déflation, autrement dit, la baisse des prix d'une année à l'autre. Finalement, c'est agréable quand on se retrouve au supermarché de voir les prix baisser même en l'absence de promotion. Pourtant, la crise de 29 était clairement liée à la déflation, si les prix baissent, les profits des entreprises suivent à la baisse, et par conséquent les salaires aussi (donc moins de consommation). D'autres part, la baisse des profits des entreprises engendre une hausse des collatéraux et donc des primes de risques puis des taux d'intérêts d'emprunt et ainsi une baisse de l'investissement. Donc, contrairement à ce qu'essaye de nous faire croire nombre de journalistes et de politiques il ne faut pas toujours « lutter contre l'inflation ».

Le dogme malthusien dans l'analyse fondamentale

Combien de fois on entend des « y a de plus en plus de gens sur terre, et de moins en moins de ressources, donc ça ne peut que monter, donc j'achète ». Et pourtant, les prix peuvent brutalement partir à la baisse. Évidemment, cette relation est juste, mais seulement à long terme, et dans la mesure où le monde n'a pas changé. On aurait pu dire ça en début du 19eme siècle sans savoir qu'il y aurait une révolution industrielle juste après. Et de plus, tel le disait si bien Keynes: « à long terme, nous sommes tous morts ».

Il y a une mécanique très simple dans l'évolution des prix des matières premières utilisée en industrie (pétrole, agricole,...). Lorsque le prix augmente, la consommation va nécessairement diminuer, ainsi la demande va régresser et donc le prix va régresser. Évidemment, cela n'exclue pas l'hypothèse malthusienne, mais c'est une phénomène auto-régulateur qui provoque bien souvent de forte chute sur les marchés (il suffit de voir celui du pétrole).

D'autre part, ce type de logique, va bien sûr à long terme. Mais à long terme (10 ans voir plus), de nombreux bouleversements peuvent survenir. En ce qui concerne le pétrole, qui surement est le meilleur exemple, si on trouvait une énergie de substitution viable, son prix chuterait très clairement  et nous ne sommes pas à l'abri de la recherche scientifique. On pourrait par exemple penser à la production de pétrole de manière totalement artificielle et renouvelable qui a récemment était mise en service et qui pourrait être plus amplement déployée à l'échelle mondiale.

En conclusion, l'inflation n'est pas un danger pour l'économie dans le mesure où celle ci est sérieusement contrôlée (éviter une trop forte création monétaire). D'autre part, la logique malthusienne étant une réalité, elle ne peut pas être appliquée à l'investissement.

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  1. Heureux que ça te plaise, en effet, il est vrai que la relation entre inflation et salaire n'est pas véritablement avérée ;) J'ai prévu en faire d'autres, mais je vais les séparer par d'autres articles à caractères plus "actualité" afin de ne pas noyer le sujet ^^

  2. Trader invité Deuscore

    J'ai bien aimé la première partie, la seconde n'est pas mal non plus... a quelques exceptions prés; les trente glorieuse sont loin (so far, snif) derrière, les théories Keynésienne sont controversé (et pour cause -19ème qd même) entre autre par l'école monétariste, la nouvelle macroéconomie classique et la théorie des cycles réels.
    De plus de l'aveu même de JMK, ses analyses restant des théories, elle n'ont jamais démontré une réel augmentation des salaires en corrélation avec l'inflation... en France, 7% d'inflation net contre + 2% sur les salaires...brut !
    Cependant je concède que dans ce système une déflation peut avoir des conséquences bien pire. Quoique, après moult KRACH, je n'en suis plus si sûr....
    Toutefois j'ai hâte de lire la suite (si c'est prévu?).

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