Le début d'une Europe fédérale ou la disparition de l'Euro

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S'il y a quelques années, la fédéralisation de l'Europe paraissait presque inepte auprès des politiques, il semblerait qu'aujourd'hui la tendance ait changé. En effet, malgré certaines réticences ça et là, de plus en plus d'économistes suggèrent une plus forte unification du pouvoir européen. Les États de la zone euro se trouvent aujourd'hui à la croisée des chemins. Il ne reste que deux options : sa fusion ou sa disparition !

Le manque de coordination met en péril chacun

L’Europe aujourd'hui, ne ressemble seulement qu'à une gigantesque usine à gaz. Chacun va à son grès, la zone euro est une assemblée sans ordre et pourtant qui agit. Les chefs d’États exercent leur pouvoir sous une forme d'entente générale promouvant la force du groupe mais agissant dans l'intérêt individuel. C'est une forme de gestion tribale pacifique, durant les périodes calmes, les États travaillent de manière totalement individuelle, et lorsque la guerre arrive ils s'unissent pour sauver la zone. Bien entendu, c'est un système totalement inefficace, qui par ailleurs n'aide personne.

La politique monétaire est solidaire en Europe, nous appartenons à la zone euro et répondons à la banque centrale européenne. La devise unique reste sûrement une bonne idée, néanmoins en l'absence d'une politique fédérale cohérente, le concept demeure totalement incongru. L'euro prive les États souverains de leur politique monétaire. Les petits comme les grands doivent subir les décisions de la banque centrale indépendamment de leurs avis, ainsi les pays sont forcés d'adapter leur politique intérieure à la politique monétaire européenne.

Un autre problème souvent soulevé reste l'attentisme et le manque de coordination en temps de crise. On a trop souvent eu l'occasion de voir de la temporisation, notamment avec Angela Merkel qui a savamment laissé traîner plusieurs mois le problème grec en 2010. Cette lenteur s'est expliquée simplement par la proximité d'une élection allemande, ne voulant pas prendre de risque, la chancelière a préféré repousser l'échéance. La conséquence de ce retard a été la nécessité d'un deuxième plan qui se paye aujourd'hui.

De surcroît, cette faiblesse de coordination risque de bloquer totalement la croissance européenne. Effectivement, quoique le directeur de la banque centrale ne jure que par la rigueur et que celle ci soit néanmoins nécessaire, elle doit être préparée conjointement par l'ensemble des pays de la zone euro. Il faut garder à l'esprit que l'austérité que pratiquent les pays méditerranéens, c'est aussi en France qu'elle se paye. Par exemple, si l’Espagne s'emploie à réduire le déficit, elle va faire baisser la consommation et donc la demande, en ce sens les importations vont être réduites et donc les exportations étrangères aussi. L'austérité se cumule, si tout les pays font simultanément des coupes budgétaires, il est fort probable que la croissance en souffre terriblement. Cependant par crainte de dégradation individuelle des États, chacun s'acharne à la tâche. La meilleure solution pourrait être de programmer conjointement une succession de phases de rigueurs en Europe. Ainsi la situation pourrait demeurer stable, et les marchés seraient rassurés par une cohésion globale.

Les mesures envisageables pour solidariser les économies et les politiques

Nous ne sommes pas encore à créer une carte d'identité européenne, mais des avancés d'ordre économiques s'imposent dans la gouvernance de la zone euro. Tout d'abord, il faut un budget, à l'heure actuelle le budget européen représente seulement 1% du PIB européen.

Bien sûr, le fond européen de stabilité financière (FESF, créé très récemment) doit disposer de plus de liquidités pour pouvoir lutter efficacement contre les risques de défaut de certains États. Avant tout, ce fond est une sécurité vis à vis des investisseurs. Sachant son existence, ils peuvent se sentir rassurer de savoir que l'Europe puisse être en mesure à tout instant de sauver ses membres. Ce sentiment de confiance pourrait être totalement galvanisé par l'introduction des fameux Eurobonds ou euro-obligations qui permettraient tout simplement de mutualiser la dette européenne. Ainsi, des pays comme l'Allemagne ou la France seraient mutuellement responsables de la dette grecque ou bien espagnole. De ce fait, les taux obligataires pourraient clairement se stabiliser, ce qui éviterait potentiellement de voir des taux s'envoler à plus de 17 % comme ce fut le cas en Grèce.

En mutualisant la dette, il faudrait aussi instaurer de nombreuses commissions chargées de surveiller les pays à risque et pouvant proposer des sanctions à leur encontre. Le problème actuel, c'est qu'il existe des règles d'endettement pour les pays européens (accord de Maastricht) mais celles ci sont totalement ignorées par les États membres...

De nombreuses mesures politiques aussi pourraient être envisagées en complément, comme par exemple une uniformisation pour les dates électorales. Aujourd'hui, les décisions des gouvernants sont plombées par des calendriers électoraux clairsemés de divers événements. En alignant les dates des principales élections en Europe, il serait possible de largement gagner en efficacité décisionnelle.

Les difficultés qui pourraient freiner cette intégration européenne

Le premier problème dans la fédéralisation européenne reste tout simplement la forte diversité de culture des peuples. Il serait difficile d'effacer plus de deux millénaires d'histoire pour chaque pays. Il a déjà fallut plusieurs centaines d'années pour unifier les pays européens eux mêmes (il suffit de voir la France, l'Angleterre, etc qui ont connus des siècles et des siècles de dissensions en leur propre sein)

L'autre problème majeur, demeure le pouvoir hégémonique allemand. Sans l’Allemagne, rien ne peut avancer, quoi qu'on puisse en dire, c'est le moteur européen. La création des eurobonds aurait la directe conséquence d'un réajustement du taux obligataire qui se chiffrerait en un déficit supplémentaire de plusieurs dizaines de milliards d'euros par an seulement sous forme d'intérêts. Le coût de la dette serait fortement accru pour les allemands qui tirent déjà lourdement le fardeau méditerranéens et celui de leur propre réunification.

Un autre souci important reste le risque politique, les partis d’extrême droite par exemple. Dans le cas où Marine Le pen soit élue en 2012, il y a de très fortes chances que la zone euro implose. Pourtant ces partis ont le vent en poupe ces derniers temps, il suffirait qu'un seul des grands États bascule pour que l'Europe s'effondre.

 

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  1. je pense que l’Europe a fait un pas de GEANT. car il y a jadis ce continent était un théâtre de guerres fratricides. maintenant ses nations se mettent ensemble pour débattre des problèmes communs. le reste ce ne sont que des divergences. vive l'europe

  2. Le problème, c'est que l'on ne fait rien tant que tout va bien. C'est quand ça va mal que les politiques se bougent (et encore...). Personnellement et subjectivement je pense qu'une globalisation européenne serait très dure à réaliser, l'Europe aurait avancé les 10 dernières années au lieu de rien faire on en serait surement pas à ce point aujourd'hui. Maintenant, on paye le temps perdu et cela pose la question de savoir si ça en vaut vraiment la peine, mais face au risque de destruction de la zone euro, il me semble que cela soit nécessaire.

  3. ...ou si ce n'est que cela, alors nous approchons de sa fin.
    Plus le temps passe et moins les mesures "raisonnables" sont efficaces, par exemple l'idée de mutualiser les dettes des États apporterait un répit aux États faibles, qui pourraient poursuivre sur la voie du surendettement en endettant encore un peu plus les États plus forts, mais ne ferait que repousser, un peu, les échéances. Combien de pays de la zone euro finiront 2011 en équilibre budgétaire ?
    Les pouvoirs politiques étatiques qui se cooptent à chaque urgence pour un énième nouveau plan, réfléchissent effectivement à l'horizon de leurs mandatures nationales et en fonction de leurs intérêts locaux. Comment dans ces conditions espérer peser sur la scène internationale ?
    Face aux marchés, devant l'OMC ou les pays émergents, l’Europe n'est qu'un vaste ensemble de consommateurs, ouvert et sans voix. J'allais écrire: "consommateurs riches". Mais peut-on encore dire que le consommateur européen est riche ?
    Ou dit autrement, peut-on sérieusement envisager un retour suffisamment rapide et important de la croissance pour freiner le creusement de la dette dans le système actuel ?
    A mon avis l'article pose bien le problème et situe l'importance des enjeux mais espérer fonder un véritable État démocratique européen dans l'urgence d'une telle situation me semble relever de la gageure. La multiplication des commissions de contrôle, des fonds de soutien et des conciliabules entre représentants des gouvernements ne changera pas le problème de fond: l’Europe n'existe pas.
    Il existe un grand marché sans frontières tant internes qu'externe avec une monnaie unique et sans gouvernance.
    La mise à plat des systèmes économiques, des fiscalités, la création d'un pouvoir central démocratique souverain sur les champs à gérer en commun, tout cela n'a jamais été construit, allez savoir pourquoi...

  4. Je pense vraiment que l'Europe se trouve face à un très gros virage, une très forte majorité des économistes sont d'accords pour dire qu'une sortie de la zone euro serait un cataclysme économique. De plus, à mon souvenir, un récent sondage montrait qu'une grande partie de la population restée favorable à "l'européanisation" si cela pouvait sortir les Etats d'affaire.

    La peur de tous, c'est que l'Allemagne refuse les avancées, soyons sans crainte. Si l'Europe n'avance pas, alors elle éclate, les allemands n'ont absolument rien à gagner à revenir au Mark. Ils sont contraints d'accepter à terme ces mesures, et ils le feront, j'en suis persuadé. Par contre je serais pas étonné qu'il fassent traîner...

    Néanmoins, comme je le souligne depuis toujours, intégrer l'Europe c'est difficile. Mais pas impossible, des siècles il a fallut pour unifier la France et la quasi totalité des autres Etats européens. La différence, c'est qu'aujourd'hui les gens sont un minima instruis et informés, j'espère que ça suffira pour faire quelques concessions sur leur fierté nationale.

    La constitution européenne a été rejetée en 2005 par référendum, n'oublions pas qu'à cette époque il n'y avait pas de crise. Aujourd'hui, l'Europe se trouve dans l'impasse, et tout le monde sait que la situation actuelle ne peut perdurer encore que quelques mois.

    C'est au plus profond de l'abysse que touchent les plus puissants rayons de la raison

  5. J'ai un peu le sentiment que cette Union Européenne essaye de recréer à notre échelle un mini "Etats Unis".

    Seulement les disparités et les différences entre les pays de l'Union sont très marquées, contrairement à l'Amérique du nord. Cela me semble bien difficile à mettre en place aux vues des différences culturelles, économiques et historiques qui marquent l'Europe. D'autant plus, comme tu le soulignes, qu'un seul gouvernement antipathique à l'Union pourrait amorcé son éclatement.

    Est ce que nous ne sommes pas entrain d'aller droit dans le mur ?





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